Imaginez un homme de plus de quatre-vingts ans, entouré de soldats, entendant la foule crier pour qu’il renie la foi de toute une vie. C’est ce que Polycarpe a affronté à Smyrne, ville de la Turquie actuelle, en l’an 155 ou 156 après Jésus-Christ.
Selon le témoignage d’Irénée de Lyon, Polycarpe fut instruit par des apôtres et côtoya des témoins oculaires du Christ, parmi lesquels l’apôtre Jean. Les historiens modernes notent cependant que ce lien repose uniquement sur le récit d’Irénée, écrit des décennies plus tard, et certains doutent que le « Jean » mentionné soit bien l’apôtre ou un autre responsable chrétien d’Éphèse portant le même nom. Il devint évêque de Smyrne encore jeune, héritant d’une Église marquée par la persécution romaine.
Vers l’an 110, il reçut une lettre d’Ignace d’Antioche, qui passait par Smyrne en route vers son propre martyre à Rome. Des années plus tard, Polycarpe rassembla et envoya les lettres d’Ignace à l’Église de Philippes, les préservant pour l’histoire.
Il écrivit sa Lettre aux Philippiens, le seul texte de lui qui nous soit parvenu, remplie de citations des écrits apostoliques. Il y exhortait les chrétiens à vivre dans la justice et l’humilité face aux fausses doctrines qui circulaient déjà à cette époque.
Déjà âgé, il se rendit à Rome pour discuter avec l’évêque Anicet de la date de la célébration de Pâques. Ils ne parvinrent pas à un accord, mais choisirent de maintenir la communion malgré la différence, un geste rare de maturité entre dirigeants de cette époque.
Dénoncé lors d’une vague de persécution, il fut arrêté et conduit au stade de Smyrne. Devant le proconsul Statius Quadratus, il entendit l’exigence de blasphémer contre le Christ en échange de la vie sauve.
Il répondit par la phrase qui allait devenir célèbre : il avait servi le Christ pendant quatre-vingt-six ans et n’avait jamais reçu de lui le moindre mal. Il fut brûlé vif et, selon le récit des témoins, achevé au poignard lorsque le feu ne le consumait pas.
La lettre qui décrit sa mort est le témoignage le plus ancien et le plus fiable d’un martyre chrétien en dehors du Nouveau Testament. Elle inspire encore aujourd’hui ceux qui affrontent la persécution pour leur foi dans différentes parties du monde, rappelant que la fidélité ne dépend ni de la jeunesse ni de la force.