69–155

Évêque · Martyr

Polycarpe de Smyrne

Résumé
Évêque de Smyrne et l'un des Pères apostoliques, il fit le lien entre la génération des apôtres et l'Église qui suivit, comme disciple de témoins oculaires du Christ. Arrêté déjà âgé lors d'une vague de persécution, il refusa de blasphémer contre le Christ et fut brûlé vif vers 155 après Jésus-Christ, dans le plus ancien récit de martyre chrétien en dehors du Nouveau Testament.
Portrait
Biographie

Imaginez un homme de plus de quatre-vingts ans, entouré de soldats, entendant la foule crier pour qu’il renie la foi de toute une vie. C’est ce que Polycarpe a affronté à Smyrne, ville de la Turquie actuelle, en l’an 155 ou 156 après Jésus-Christ.

Selon le témoignage d’Irénée de Lyon, Polycarpe fut instruit par des apôtres et côtoya des témoins oculaires du Christ, parmi lesquels l’apôtre Jean. Les historiens modernes notent cependant que ce lien repose uniquement sur le récit d’Irénée, écrit des décennies plus tard, et certains doutent que le « Jean » mentionné soit bien l’apôtre ou un autre responsable chrétien d’Éphèse portant le même nom. Il devint évêque de Smyrne encore jeune, héritant d’une Église marquée par la persécution romaine.

Vers l’an 110, il reçut une lettre d’Ignace d’Antioche, qui passait par Smyrne en route vers son propre martyre à Rome. Des années plus tard, Polycarpe rassembla et envoya les lettres d’Ignace à l’Église de Philippes, les préservant pour l’histoire.

Il écrivit sa Lettre aux Philippiens, le seul texte de lui qui nous soit parvenu, remplie de citations des écrits apostoliques. Il y exhortait les chrétiens à vivre dans la justice et l’humilité face aux fausses doctrines qui circulaient déjà à cette époque.

Déjà âgé, il se rendit à Rome pour discuter avec l’évêque Anicet de la date de la célébration de Pâques. Ils ne parvinrent pas à un accord, mais choisirent de maintenir la communion malgré la différence, un geste rare de maturité entre dirigeants de cette époque.

Dénoncé lors d’une vague de persécution, il fut arrêté et conduit au stade de Smyrne. Devant le proconsul Statius Quadratus, il entendit l’exigence de blasphémer contre le Christ en échange de la vie sauve.

Il répondit par la phrase qui allait devenir célèbre : il avait servi le Christ pendant quatre-vingt-six ans et n’avait jamais reçu de lui le moindre mal. Il fut brûlé vif et, selon le récit des témoins, achevé au poignard lorsque le feu ne le consumait pas.

La lettre qui décrit sa mort est le témoignage le plus ancien et le plus fiable d’un martyre chrétien en dehors du Nouveau Testament. Elle inspire encore aujourd’hui ceux qui affrontent la persécution pour leur foi dans différentes parties du monde, rappelant que la fidélité ne dépend ni de la jeunesse ni de la force.

“Voici quatre-vingt-six ans que je sers le Christ, et il ne m'a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer contre mon Roi, qui m'a sauvé ?”
Polycarpe de Smyrne · Martyre de Polycarpe, chapitre 9
Chronologie
c. 69

Naissance

Naît probablement à Smyrne, en Asie Mineure, région où il vivra toute sa vie.

c. 110

Lettre d'Ignace d'Antioche

Reçoit une lettre d'Ignace, qui passe par Smyrne en route vers son propre martyre à Rome.

début du IIe siècle

Devient évêque de Smyrne

Il est établi évêque, selon Irénée, par des apôtres qui œuvraient en Asie.

c. 135

Lettre aux Philippiens

Écrit son seul texte qui nous soit parvenu, rassemblant aussi les lettres d'Ignace pour l'Église de Philippes.

c. 154

Voyage à Rome

S'entretient avec l'évêque Anicet au sujet de la date de Pâques ; tous deux maintiennent la communion malgré le désaccord.

155 ou 156

Dénonciation et fuite

Il est recherché par les autorités lors d'une vague de persécution et se réfugie dans une propriété rurale.

23 fév 155 (ou 156)

Arrestation et jugement

Il est conduit au stade de Smyrne et pressé par le proconsul Statius Quadratus de blasphémer contre le Christ.

23 fév 155 (ou 156)

Martyre

Il refuse de renier le Christ, est brûlé vif et, résistant au feu, est achevé au poignard.

c. 156

Consignation du martyre

Des témoins oculaires rédigent le récit de sa mort, aujourd'hui considéré comme le plus ancien martyre chrétien documenté en dehors du Nouveau Testament.

Œuvres et jalons

Lettre aux Philippiens

c. 135

Seule œuvre qui nous reste de Polycarpe, écrite aux chrétiens de Philippes, remplie de citations des écrits apostoliques et de conseils sur la justice et la fermeté dans la foi.

Rassemblement des lettres d'Ignace d'Antioche

c. 135

À la demande de l'Église de Philippes, il rassembla et envoya les lettres qu'Ignace avait écrites aux Églises d'Asie en route vers le martyre, les préservant pour la postérité.

Voyage à Rome

c. 154

Il se rendit à Rome pour s'entretenir avec l'évêque Anicet au sujet de la date de la célébration de Pâques ; ils ne parvinrent pas à un accord, mais se quittèrent en communion.

Formation d'Irénée de Lyon

années 150

Il eut parmi ses auditeurs le jeune Irénée, qui porterait jusqu'en Gaule le témoignage apostolique reçu de Polycarpe.

Confrontation avec Marcion

Irénée, Contre les hérésies III.3.4

En rencontrant l'hérétique Marcion à Rome, qui lui demanda s'il le reconnaissait, il répondit le reconnaître comme « le premier-né de Satan », selon le récit d'Irénée.

Martyre de Polycarpe (récit)

c. 156

Sa mort fut consignée par des témoins oculaires dans une lettre aux Églises de la région, devenant le récit de martyre chrétien le plus ancien en dehors du Nouveau Testament.

Contributions
1

Un pont vers la génération apostolique

En tant que disciple de témoins oculaires du Christ, il a contribué à garantir la transmission fidèle de l'enseignement apostolique à la génération suivante d'évêques et de théologiens.

2

Préservation des lettres d'Ignace

En rassemblant et en envoyant les lettres d'Ignace d'Antioche, il a évité qu'elles ne se perdent, les rendant part du plus ancien corpus de la littérature chrétienne post-biblique.

3

Modèle de fermeté face à la persécution

Son martyre, consigné en détail par des témoins, est devenu une référence pour des générations de chrétiens persécutés à différentes époques et en différents lieux.

4

Unité malgré la divergence

Il fut en désaccord avec l'évêque de Rome sur la date de Pâques sans rompre la communion, laissant un exemple ancien de la manière de gérer les différences au sein de l'Église.

Héritage missionnaire

Le récit de son martyre a contribué à établir la tradition chrétienne de consigner la mort des martyrs, utilisée pendant des siècles pour fortifier les Églises sous la persécution dans différentes parties du monde.

En tant que trait d'union entre les apôtres et l'Église post-apostolique, il a contribué à préserver la doctrine qui serait portée par des missionnaires vers de nouvelles régions de l'empire romain et au-delà.

Son disciple Irénée de Lyon devint l'un des premiers grands théologiens missionnaires de Gaule, poursuivant le témoignage reçu de Polycarpe.

Son refus de renier le Christ, malgré son grand âge, demeure une référence pour les chrétiens persécutés aujourd'hui dans des contextes de risque pour leur foi en de nombreuses nations.

Autres personnes