1896-1963

Évêque · Jésuite

Albertus Soegijapranata

Résumé
Prêtre jésuite et premier évêque catholique indonésien de naissance, consacré en 1940. Sa vie traversa l'occupation japonaise et la lutte pour l'indépendance, unissant foi et nation sous la devise devenue symbole de toute une Église : 100% catholique, 100% indonésien.
Portrait
Biographie

Toute personne qui traverse deux cultures porte en elle une question difficile à répondre : à qui, au fond, appartient elle ? Un jeune garçon javanais élevé dans l’islam de la cour de Surakarta dut un jour répondre à cette question devant toute une nation.

Soegija naquit en 1896, cinquième de neuf enfants d’un serviteur de la cour royale. Encore enfant, il vit par hasard une image de Jésus crucifié dans un hôpital de la ville, et la scène le marqua profondément. Peu après, il entra au collège jésuite de Muntilan, fondé par le missionnaire hollandais Frans van Lith.

Baptisé en 1910 sous le nom d’Albertus, il en vint à enseigner l’algèbre et la langue javanaise dans l’école même qui l’avait formé. Il partit ensuite pour les Pays-Bas, où il étudia la théologie et fut ordonné prêtre en 1931, revenant en Indonésie avec le nom pranata ajouté à son patronyme.

En 1940, il fut consacré évêque de Semarang, premier Indonésien de naissance à occuper ce poste dans une Église jusque là dirigée presque exclusivement par des Européens. Deux ans plus tard, l’invasion japonaise isola son diocèse de tout soutien venu de l’extérieur.

Avec la proclamation de l’indépendance en 1945, il plaça l’Église aux côtés de la cause nationale et aida à négocier un cessez le feu entre les troupes japonaises et indonésiennes à Semarang. En 1947, il transféra le siège épiscopal à Yogyakarta, plus proche du gouvernement républicain.

Ce rapprochement dérangeait des deux côtés : les nationalistes qui voyaient dans le catholicisme un héritage colonial, et les catholiques qui craignaient le coût politique d’un tel engagement. En 1954, lors d’un congrès à Semarang, il résuma sa réponse dans une devise restée célèbre : être bon catholique, pour lui, c’était aussi être bon patriote.

Il mourut en 1963, lors d’un voyage aux Pays-Bas. Le gouvernement indonésien le déclara héros national alors que son corps était encore en chemin vers son pays, et il fut enseveli comme l’un des siens, à Semarang.

Sa vie montre que suivre Christ n’exige pas d’abandonner sa langue, sa culture ou son peuple d’origine. Là où l’Évangile résonne encore comme quelque chose d’étranger, l’histoire de Soegijapranata trace un chemin possible : appartenir à Christ sans cesser d’appartenir à son pays.

“Si nous nous considérons comme de bons chrétiens, alors nous devons aussi être de bons patriotes. C'est pourquoi nous sentons que nous sommes 100% patriotes parce que nous sommes 100% catholiques.”
Albertus Soegijapranata · Discours d'ouverture du Congrès catholique pan-indonésien, Semarang, 1954, épisode documenté dans les biographies de G. Budi Subanar sur Soegijapranata
Chronologie
1896

Naissance à Surakarta

Cinquième de neuf enfants d'une famille javanaise

1910

Baptême à Muntilan

Reçoit le nom chrétien d'Albertus

1920

Entre au noviciat jésuite

À Grave, aux Pays-Bas

1931

Ordination sacerdotale

Par l'évêque de Ruremonde, aux Pays-Bas

1940

Consécration épiscopale

Premier évêque indonésien de naissance, à Semarang

1945

Indépendance de l'Indonésie

Il négocie un cessez-le-feu entre Japonais et Indonésiens à Semarang

1954

Congrès catholique de Semarang

Discours qui forge la devise 100% catholique, 100% indonésien

1961

Élevé à l'archiépiscopat

Avec la création de la province ecclésiastique de Semarang

1963

Mort et titre de héros national

Il meurt aux Pays-Bas ; l'Indonésie le déclare héros national

Œuvres et jalons

Vicariat apostolique de Semarang

1940

Consacré évêque, il fut le premier Indonésien de naissance à diriger un diocèse dans le pays.

Swaratama

années 1920

Rédacteur d'une publication catholique en langue javanaise, reliant foi et identité locale.

Médiation du cessez-le-feu à Semarang

1945

Il contribua à négocier la fin des combats entre les troupes japonaises et indonésiennes.

Transfert du siège épiscopal à Yogyakarta

1947

Il déplaça le siège épiscopal pour se rapprocher du gouvernement républicain naissant.

Congrès catholique pan-indonésien

1954

Discours d'ouverture à Semarang qui consacra la devise 100% catholique, 100% indonésien.

Archidiocèse de Semarang

1961

Élevé à l'archiépiscopat lorsque le Saint-Siège créa les premières provinces ecclésiastiques indonésiennes.

Contributions
1

Une Église incarnée dans la culture javanaise

Il enseigna la foi en utilisant des catégories et des symboles javanais, suivant la méthode du missionnaire van Lith, ce qui aida le catholicisme à sonner comme quelque chose du peuple lui-même, et non comme une importation étrangère.

2

Presse catholique en langue locale

Comme rédacteur du Swaratama, il montra que la foi pouvait s'exprimer dans la langue et les débats du quotidien javanais, et pas seulement en latin ou en néerlandais.

3

Direction d'une Église postcoloniale

Sa consécration en 1940 ouvrit la voie pour que la hiérarchie catholique en Indonésie cesse d'être perçue comme une extension du pouvoir colonial néerlandais.

4

Diplomatie en temps de guerre

Il utilisa son prestige pour négocier des cessez-le-feu et réduire les conflits armés, plutôt que de prendre les armes, à un moment où la paix était aussi un acte de foi.

Héritage missionnaire

Il montre que des Églises nées de missions étrangères peuvent produire des dirigeants pleinement autochtones, sans perdre ni la foi ni l'identité de leur propre peuple.

Il inspire les chrétiens vivant dans des contextes à majorité d'une autre religion à vivre leur foi sans s'isoler de la nation et de la culture dans lesquelles ils se trouvent.

Son parcours de professeur à évêque rappelle que formation théologique solide et enracinement culturel vont de pair dans la mission.

La devise 100% catholique, 100% indonésien est encore citée aujourd'hui comme une réponse chrétienne au faux choix entre la foi et l'appartenance nationale.

Autres personnes