Allen Gardiner naquit le 28 janvier 1794, dans une famille chrétienne du Berkshire, en Angleterre. Il entra dans la Marine royale encore adolescent et y servit pendant près de deux décennies, prenant part à des combats navals et atteignant le grade de commandant.
Pendant de nombreuses années, il vécut éloigné de la foi de ses parents, mais une crise spirituelle survenue au cours de voyages autour du monde, puis la mort de sa première épouse, le ramenèrent à l’Évangile et à un appel renouvelé pour la mission. Il quitta le service actif dans la marine, résolu à servir dans des lieux qu’aucune société chrétienne n’avait encore atteints.
Entre 1834 et 1838, il tenta d’ouvrir une œuvre chez les Zoulous, dans le sud de l’Afrique. La guerre entre les Boers et le roi zoulou Dingane, qui suivit le massacre de Piet Retief, détruisit les stations de la mission et le contraignit à quitter la région. Il se tourna alors vers le Chili, où il vécut parmi des peuples indigènes de 1838 à 1843, apprenant leurs coutumes et leurs langues.
Convaincu que l’extrémité sud de l’Amérique avait besoin de l’Évangile, il demanda le soutien de la Church Missionary Society et d’autres agences britanniques, mais essuya un refus, faute de moyens pour une mission aussi lointaine. En 1844, il fonda sa propre agence, la Patagonian Missionary Society.
Les années suivantes furent marquées par des échecs répétés. En 1845, une première tentative de mission dans la baie de Gregory, dans le détroit de Magellan, fut repoussée par les indigènes eux-mêmes. Entre 1845 et 1847, il parcourut la Bolivie en distribuant des Bibles, mais son travail se heurta à l’hostilité du clergé catholique local et n’avança pas. En 1848, il tenta de s’établir sur l’île Picton, en Terre de Feu, et fut de nouveau contraint de se retirer devant l’hostilité des habitants locaux.
En septembre 1850, il quitta Liverpool pour une nouvelle tentative, avec six compagnons. Ils débarquèrent à Picton en décembre, mais furent de nouveau chassés par les indigènes et cherchèrent refuge à Puerto Español (Spaniard Harbour). La préparation logistique échoua : presque toutes les munitions étaient restées à bord du navire, et le groupe ne parvint pas à chasser pour se nourrir. Le ravitaillement prévu n’arriva pas à temps.
Isolés à Spaniard Harbour, les sept hommes moururent de faim au cours du premier semestre de 1851. Le journal de Gardiner, recueilli quelques semaines plus tard par un navire britannique venu les ravitailler, consignait, jusque dans ses derniers jours, des paroles de gratitude et d’espérance, et non de désespoir.
Aucun indigène ne se convertit de son vivant, et la suite des expéditions, celle de 1845, celle de 1848 et la dernière, se solda par un échec au regard des plans initiaux. Mais la nouvelle de sa mort émut l’Angleterre et apporta à la société des ressources et des volontaires qu’elle n’avait jamais eus auparavant.
Des années plus tard, le propre fils de Gardiner retourna en Terre de Feu pour poursuivre l’œuvre de son père. L’agence qu’il avait fondée seul deviendrait, des décennies plus tard, la South American Missionary Society, toujours active en Amérique du Sud.