Presque tout le monde s’est un jour retrouvé du côté de celui qui dépend de la bonne volonté d’un étranger pour survivre, une faveur que personne n’était obligé d’accorder, une porte qui pouvait rester fermée. L’histoire de Boaz commence exactement à cet endroit : une femme étrangère, pauvre et veuve, ramassant des épis oubliés dans un champ qui n’était pas le sien.
Boaz était un homme riche et influent de Bethléem, parent d’Élimélek, le défunt mari de Noémi (Ruth 2:1,3). Quand Ruth, la Moabite revenue avec Noémi, se mit à glaner des épis justement dans ses terres, il connaissait déjà sa fidélité envers sa belle-mère (Ruth 2:11).
Au lieu de la traiter comme une intruse, Boaz lui dit de glaner en sécurité, de manger avec ses ouvriers, et ordonna même aux moissonneurs de laisser tomber des épis exprès pour elle (Ruth 2:8-16). Sa bonté allait bien au-delà de ce que la loi exigeait envers les pauvres.
Noémi discerna là quelque chose de plus grand : Boaz était l’un des proches parents rédempteurs de la famille, ces hommes que la loi d’Israël autorisait à racheter les terres vendues et à épouser la veuve du défunt pour perpétuer la lignée (Ruth 2:20 ; 3:9). Sur l’instruction de Noémi, Ruth se rendit de nuit à l’aire où il dormait et lui demanda d’exercer ce rôle (Ruth 3:7-9).
Boaz accepta, mais avec intégrité : il y avait un autre parent ayant le droit de rachat avant lui, et il n’alla de l’avant qu’après avoir réglé la question publiquement, devant les anciens, à la porte de la ville (Ruth 4:1-10). Il racheta ainsi l’héritage d’Élimélek et prit Ruth pour femme.
De ce mariage naquit Obed, père de Jessé, père de David (Ruth 4:17,21-22). Des siècles plus tard, l’évangile de Matthieu rappellerait que Boaz lui-même était fils de Rahab (Matthieu 1:5), traditionnellement identifiée à la femme de Jéricho qui avait caché les espions israélites (Jos 2), unissant deux étrangères accueillies dans l’histoire qui mène au Messie.
La vie de Boaz montre qu’une fidélité discrète, l’application généreuse de la loi, le respect de la dignité des personnes vulnérables et l’intégrité même quand personne ne surveille peuvent être précisément l’instrument que Dieu utilise pour tisser son histoire de salut. Aucun geste de bonté ne paraissait grandiose sur le moment ; ensemble, ils ont formé le chemin jusqu’à David et jusqu’à Jésus.