Charles Harrison Mason est né le 8 septembre 1864 près de Bartlett, dans le comté de Shelby, au Tennessee, fils de Jerry et Eliza Mason, réduits en esclavage jusque peu avant sa naissance. Il a grandi comme métayer dans les champs de coton, sans scolarité régulière, dans un Sud américain encore marqué par les cicatrices récentes de l’esclavage.
À quatorze ans, il a failli mourir de la tuberculose, lors de la même épidémie qui a frappé sa famille et emporté son père. La guérison qu’il a attribuée à la prière de l’Église l’a convaincu que Dieu l’avait épargné pour un appel particulier, et il s’est alors consacré au ministère baptiste.
Autorisé à prêcher en 1893 par la Mount Gale Missionary Baptist Church, à Preston, en Arkansas, Mason s’est vite rapproché du mouvement de sainteté, qui prêchait une vie de consécration après la conversion. Cette insistance a suscité des frictions, et en 1896 il a été exclu des associations baptistes pour avoir prêché la sanctification comme une expérience distincte de la conversion.
Avec le prédicateur Charles Price Jones, il a fondé en 1897 la Church of God in Christ, dans un ancien entrepôt d’égrenage de coton à Lexington, dans le Mississippi. Le nom, racontait-il, lui était venu par révélation alors qu’il marchait dans une rue de Little Rock, en Arkansas.
En 1907, il s’est rendu à Los Angeles pour observer le Réveil de la rue Azusa, conduit par William Seymour. Il y a vécu ce qu’il a décrit comme un baptême dans le Saint-Esprit, parlant dans des langues qu’il ne connaissait pas. Cette expérience l’a éloigné de Jones, qui n’acceptait pas le parler en langues comme preuve nécessaire de ce baptême, et leur collaboration de plus de dix ans s’est rompue ; Jones est même allé jusqu’à l’exclure de l’association de sainteté qu’ils dirigeaient ensemble.
De retour à Memphis, il a réorganisé sa branche de l’Église sur des bases pentecôtistes. Entre 1907 et 1914, il a ordonné des centaines de ministres blancs, dans un Sud ségrégué, car la Church of God in Christ était alors l’une des rares dénominations pentecôtistes légalement enregistrées aux États-Unis. Lorsqu’une partie de ces ministres a formé sa propre dénomination, en 1914, il a prêché lors de la réunion fondatrice.
Le différend avec Jones sur le nom et le patrimoine de l’Église a fini devant les tribunaux, et ce n’est qu’en 1915 que Mason a obtenu pour sa branche le droit légal au nom et au statut de la Church of God in Christ. Les historiens relèvent aussi que l’insistance de Mason à faire de la glossolalie une preuve obligatoire du baptême dans l’Esprit, et non un simple don possible, a été un facteur central de la rupture et un point de critique de certains milieux du mouvement de sainteté lui-même et du protestantisme traditionnel, qui voyaient dans cette pratique un pur émotionnalisme.
Son opposition pacifiste à la Première Guerre mondiale, motivée par la contradiction qu’il y avait à demander à des soldats noirs de se battre pour une liberté dont ils ne jouissaient pas chez eux, a attiré la surveillance du gouvernement américain ; en 1918, il a même été arrêté dans le Mississippi, soupçonné de sédition. Son premier mariage, avec Alice Saxton, s’est terminé par un divorce en 1892 ; Mason s’est marié encore deux fois, avec Lelia Washington puis, après la mort de celle-ci, avec Elsie Washington.
Évêque jusqu’à sa mort en 1961, à Detroit, il a vu l’Église qu’il avait fondée dans un entrepôt de coton croître jusqu’à des milliers de congrégations dans des dizaines de pays. La Church of God in Christ est devenue la plus grande dénomination pentecôtiste afro-américaine des États-Unis, et son exemple de réunir Noirs et Blancs à l’autel, en pleine ère Jim Crow, continue de défier les Églises à franchir les frontières que l’histoire elle-même a dressées.