Quiconque a déjà pris un poste et trouvé, sur le bureau de son prédécesseur, un engagement inachevé connaît ce dilemme : honorer ce qu’une autre personne a promis demande du temps, des ressources et, parfois, il faut affronter ceux qui réclament des explications. C’est à peu près ce qui se passa lorsque Darius devint roi de Perse et hérita, sans l’avoir demandé, d’une affaire en suspens venue de Jérusalem.
Ce Darius, également connu comme Darius Ier ou Darius le Grand, gouverna le vaste empire perse entre environ 522 et 486 av. J.-C. Il est différent d’un autre roi du même nom, Darius le Mède, qui apparaît avant lui dans l’histoire de Daniel, à la cour de Babylone (Daniel 6).
Lorsque des adversaires des Juifs tentèrent d’empêcher la reconstruction du temple à Jérusalem, le gouverneur de la région, Tattenaï, écrivit au roi pour demander si l’ouvrage était réellement autorisé (Esdras 5:6-17). Plutôt que de décider aussitôt, Darius ordonna une recherche dans les archives de l’empire, jusqu’à ce que le décret original de Cyrus, son prédécesseur, soit retrouvé à Ecbatane (Esdras 6:1-5).
Avec la preuve en main, Darius ne se contenta pas de confirmer le décret : il ordonna que le coût de l’ouvrage soit payé par son propre trésor royal et que les Juifs reçoivent tout ce dont ils avaient besoin pour les sacrifices, du blé au vin (Esdras 6:6-10). Quiconque tenterait d’empêcher la construction, prévint-il, serait puni avec sévérité (Esdras 6:11-12).
C’est dans la deuxième année du règne de Darius que les prophètes Aggée et Zacharie prêchèrent à un peuple découragé, réclamant que l’ouvrage interrompu soit repris (Aggée 1:1; Zacharie 1:1). Le soutien d’un roi étranger et la prédication des prophètes de Dieu allèrent de pair, et le temple fut achevé la sixième année de son règne, vers 516 av. J.-C. (Esdras 6:14-15).
L’histoire de Darius montre que Dieu n’a pas besoin de rois qui le connaissent réellement pour accomplir ses promesses : il suffit qu’ils soient au bon endroit, au bon moment (Proverbes 21:1). Tout indique que Darius traitait le Dieu d’Israël comme un dieu parmi d’autres à satisfaire par calcul politique (Esdras 6:10), et pourtant son ordre servit les desseins éternels de Dieu.
Beaucoup vivent quelque chose de semblable : être utilisé par Dieu à un moment décisif sans s’en rendre compte, et sans croire, qu’on est utilisé. La vie de Darius invite à regarder au-delà des titres et des mérites visibles, et à se demander qui, en réalité, conduit l’histoire, y compris la nôtre.