1501–1556

Théologien mystique · Chef anabaptiste

David Joris

Résumé
Théologien et chef anabaptiste néerlandais du XVIe siècle, connu pour avoir tenté de réconcilier les courants divisés du mouvement après la tragédie de Münster par une spiritualité intérieure. Il vécut ses dernières années caché sous une fausse identité à Bâle, où il mourut et fut condamné à titre posthume pour hérésie.
Portrait
Biographie

David Joris naquit vers 1501, probablement dans la région de Flandre, fils d’un petit commerçant et acteur amateur. Les sources ne s’accordent pas sur sa ville natale exacte, Bruges ou Gand. Il apprit le métier de peintre verrier à Anvers et, dès sa jeunesse, montrait déjà le tempérament agité qui marquerait toute sa vie.

Établi à Delft à partir de 1524, il épousa Dirckgen Willems et se trouva bientôt mêlé aux disputes de la Réforme qui secouaient les Pays-Bas. En 1528, il attaqua publiquement une procession catholique, ce qui lui valut d’avoir la langue percée et d’être banni de la ville pendant trois ans.

En 1533, il fut baptisé comme anabaptiste par Obbe Philips, à Delft. Dans le chaos qui suivit la tragédie de Münster, David se présenta comme le troisième David, un prophète appelé à achever, par des voies intérieures, l’œuvre du roi David et du Christ.

En 1536, il participa au colloque de Bocholt, tentant de réconcilier les factions anabaptistes rivales et de contenir l’élan de vengeance qui avait suivi Münster. Il obtint quelque succès à mettre en avant des points communs entre les groupes, mais la rencontre n’aboutit à aucune décision définitive sur les questions les plus épineuses, comme la polygamie. Ses propres visions et prétentions prophétiques suscitèrent aussi la méfiance d’autres dirigeants, comme Menno Simons, qui l’accusa plus tard publiquement d’hypocrisie, pour avoir dissimulé, sous un discours de perfection spirituelle, une défense théorique de la polygamie comme moyen de restaurer l’intégrité de la nature humaine, même s’il n’existe aucune preuve qu’il l’ait lui-même pratiquée.

En 1539, sa mère fut décapitée à Delft, avec des dizaines d’autres disciples arrêtés cette année-là, et la famille s’enfuit à Anvers. Devant la persécution grandissante, David se réfugia à Bâle en 1544, adoptant le faux nom de Jan van Brugge et cachant pendant plus d’une décennie sa véritable identité, même parmi les fidèles qui l’entouraient. Il y mena une vie confortable de citoyen respecté, tandis que beaucoup de ses disciples, aux Pays-Bas, continuaient d’être arrêtés, torturés et exécutés pour avoir protégé sa retraite, contraste déjà relevé par ses contemporains.

C’est là qu’il produisit son œuvre majeure, le Wonder Boeck, publiée en 1542 et augmentée en 1551, soutenant que la lettre des Écritures devait céder la place à la voix intérieure de l’Esprit dans le croyant. Il écrivit encore plus de deux cents autres textes et traités, aujourd’hui réunis parmi les documents du spiritualisme anabaptiste néerlandais.

Il mourut à Bâle le 25 août 1556, toujours sous identité cachée. Trois ans plus tard, dénoncé par son propre gendre Nicolas van Blesdijk, l’université de la ville le condamna à titre posthume pour hérésie: son corps fut exhumé et brûlé en place publique, avec des exemplaires de ses livres, le 13 mai 1559.

La trajectoire de David Joris laisse un avertissement sur le risque d’échanger l’autorité de la Parole contre des révélations personnelles, sur le prix, pour l’intégrité du témoignage, de cacher sa propre identité par peur de la persécution, et sur la distance entre un discours de perfection spirituelle et une vie vécue en sécurité pendant que d’autres payaient de leur vie leur loyauté envers un dirigeant, des précautions que la mission chrétienne porte encore aujourd’hui.

Chronologie
1501

Naissance en Flandre

Naît vers cette année, fils d'un petit commerçant; les sources hésitent entre Bruges et Gand comme ville natale.

1524

S'installe à Delft

Épouse Dirckgen Willems et se rapproche des idées de la Réforme luthérienne.

1528

Attaque d'une procession catholique

Est condamné à avoir la langue percée et à trois ans de bannissement de Delft.

1533

Baptême anabaptiste

Est baptisé par Obbe Philips et rejoint le mouvement anabaptiste néerlandais.

1536

Colloque de Bocholt

Tente de réconcilier les factions anabaptistes rivales après la tragédie de Münster, sans résoudre tous les points de discorde.

1539

Exécution de sa mère et fuite de la famille

Sa mère est décapitée à Delft, avec des dizaines d'autres disciples arrêtés cette année-là, et la famille fuit à Anvers.

1544

Refuge à Bâle

S'établit dans la ville suisse sous le faux nom de Jan van Brugge, vivant en sécurité pendant que ses disciples aux Pays-Bas continuaient d'être persécutés.

1556

Mort à Bâle

Meurt le 25 août, encore sous identité cachée.

1559

Condamnation posthume

Dénoncé par son gendre Nicolas van Blesdijk, son corps est exhumé et brûlé le 13 mai, après la découverte de sa véritable identité.

Œuvres et jalons

Baptême anabaptiste à Delft

1533

Reçut le baptême des mains d'Obbe Philips, rejoignant formellement le mouvement anabaptiste néerlandais.

Colloque de Bocholt

1536

Participa à la rencontre qui tenta de réconcilier les différents courants anabaptistes après la tragédie de Münster, sans parvenir à un accord sur tous les points en litige.

'T Wonder Boeck

1542, augmentée en 1551

Son œuvre majeure, de contenu mystique et allégorique, défendant la primauté de la voix intérieure de l'Esprit sur la lettre des Écritures.

Verklaringe der Scheppenissen

1553

Traité de lecture mystique du livre de la Genèse, écrit déjà à Bâle.

Refuge à Bâle sous un faux nom

1544

Fuit la persécution et vécut plus d'une décennie caché sous l'identité de Jan van Brugge, tandis que ses disciples aux Pays-Bas étaient arrêtés et exécutés pour avoir protégé sa retraite.

Contributions
1

Médiation entre factions anabaptistes

Au colloque de Bocholt, il tenta d'unir des courants rivaux du mouvement anabaptiste, cherchant à contenir l'élan de vengeance qui avait suivi l'épisode de Münster, bien que sans résoudre toutes les divergences.

2

Accent sur la spiritualité intérieure

Il soutint que la vraie foi naît de la voix de l'Esprit au fond du croyant, et non seulement du rite extérieur, influençant des courants spiritualistes ultérieurs.

3

Rejet de la violence religieuse

Contrairement à d'autres dirigeants radicaux de son époque, il s'opposa à la révolte armée, prêchant la patience face à la persécution.

4

Production littéraire abondante

Il écrivit plus de deux cents textes, dont le Wonder Boeck, aujourd'hui source importante pour l'étude du spiritualisme anabaptiste néerlandais.

Héritage missionnaire

Son insistance sur la foi comme expérience intérieure, et non seulement comme conformité extérieure, fait écho à l'appel missionnaire à des conversions du cœur, et non à une simple adhésion culturelle.

L'échec de sa tentative d'unité à Bocholt rappelle que réconcilier des courants chrétiens différents exige un discernement biblique, et non seulement de la bonne volonté, un défi encore présent dans le travail missionnaire entre traditions distinctes.

Sa longue dissimulation d'identité à Bâle, et le contraste entre sa vie en sécurité là-bas et la souffrance de disciples arrêtés et exécutés aux Pays-Bas, est un avertissement permanent sur le prix, pour la crédibilité du témoignage, de cacher qui l'on est réellement ou de se distancer du risque que d'autres affrontent en son nom.

La gravité avec laquelle il s'éloigna de l'autorité des Écritures au profit de révélations personnelles demeure un avertissement pour les mouvements missionnaires et charismatiques de toutes les époques.

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