Chacun a un jour connu une perte qui a semblé priver la vie de son sens. Peu, cependant, ont transformé cette perte en des milliers de chants qui façonnent encore aujourd’hui l’adoration chrétienne à travers le monde. L’histoire de Fanny Crosby est celle d’une femme aveugle depuis l’enfance qui a choisi de voir la grâce de Dieu là où d’autres ne voyaient qu’une limite.
Frances Jane Crosby naquit le 24 mars 1820, dans le comté de Putnam, dans l’État de New York. À six semaines à peine, un traitement médical erroné pour une inflammation des yeux la rendit aveugle pour toujours. Élevée par sa mère et sa grand-mère après la mort précoce de son père, elle apprit tôt à voir le monde par la mémoire et par la foi.
À quinze ans, elle entra au New York Institution for the Blind, où elle étudia plusieurs années puis enseigna la grammaire, la rhétorique et l’histoire pendant plus de dix ans. C’est là qu’elle rencontra Alexander Van Alstyne, lui aussi aveugle, qu’elle épouserait en 1858. Le couple eut une fille, Frances, morte encore nouveau-née.
En 1850, lors d’un culte de réveil méthodiste à New York, Fanny vécut une conversion qu’elle décrivit comme le moment où son âme fut inondée d’une lumière céleste. Avant cela, elle était même allée prononcer un discours devant le Congrès des États-Unis en faveur de l’éducation des aveugles. Ce n’est qu’en 1864 qu’elle se consacra aux cantiques évangéliques, encouragée par le compositeur William Bradbury.
Dès lors, elle écrivit plus de huit mille cantiques, publiés sous près de deux cents pseudonymes pour dissimuler l’ampleur de sa production. En collaboration avec des compositeurs comme William Doane et Phoebe Knapp, elle créa des textes devenus des classiques : Rescue the Perishing, Safe in the Arms of Jesus et Blessed Assurance.
Tout ne fut pas glorieux. Le mariage avec Van Alstyne s’usa avec le temps, et le couple vécut séparé à partir de 1880. Des chercheurs postérieurs critiquèrent aussi une partie de son œuvre comme trop sentimentale, et les éditeurs de l’époque tirèrent profit de ses cantiques alors qu’elle ne recevait qu’un peu plus d’un dollar par composition.
Malgré la célébrité, Fanny choisit de vivre parmi les pauvres. À partir de 1880, elle se consacra aux missions urbaines de New York, comme la Bowery Mission et la Water Street Mission, servant les alcooliques et les démunis comme on prend soin de sa propre famille, non comme une bienfaitrice distante.
Elle mourut le 12 février 1915, à Bridgeport, dans le Connecticut, à quatre-vingt-quatorze ans. Ses cantiques sont encore chantés dans des églises de presque toutes les traditions, rappelant que la cécité physique n’a pas empêché une femme de voir, avec une clarté rare, la grâce qui soutient ceux qui souffrent.