<p>Harriet Tubman est née esclave dans une ferme du Maryland, sans nom propre qui compte et sans droit sur sa propre vie. Elle aurait pu rester invisible, comme des millions d’autres esclaves. Elle est devenue au contraire connue comme Moïse, la femme qui a ouvert le chemin du retour pour aller chercher ceux qu’elle avait laissés derrière elle.</p>
<p>Née vers 1822 sous le nom d’Araminta Ross, elle fut séparée de sa famille alors qu’elle était encore enfant et louée pour des travaux pénibles. Vers 1835, un contremaître lança un poids de fer contre un autre esclave et la frappa à la tête. Cette blessure l’accompagna le reste de sa vie.</p>
<p>De cette blessure naquirent des maux de tête, des évanouissements soudains et des visions qu’elle interprétait comme des messages directs de Dieu. Élevée en écoutant les récits bibliques racontés par sa mère, elle trouva dans le livre de l’Exode le miroir de sa propre histoire : un peuple esclave que Dieu décide de libérer.</p>
<p>En 1849, menacée d’être vendue vers le sud, elle s’enfuit seule jusqu’à Philadelphie. Au cours des dix années suivantes, elle retourna environ treize fois dans le Maryland et conduisit près de soixante-dix personnes vers la liberté, parents et amis, par les routes du Chemin de fer clandestin.</p>
<p>Elle chantait des negro spirituals comme code et se déguisait pour semer les chasseurs d’esclaves. Selon des récits de l’époque, elle alla jusqu’à menacer d’une arme ceux qui, en chemin, voulaient renoncer et faire demi-tour : un faux pas pouvait dénoncer toute la route et tous les fugitifs.</p>
<p>Pendant la guerre de Sécession, elle servit dans l’armée de l’Union comme infirmière, cuisinière et espionne. En juin 1863, elle aida à planifier et à diriger l’attaque de la rivière Combahee, qui libéra environ sept cents personnes, devenant la première femme à commander une opération militaire aux États-Unis.</p>
<p>Après la guerre, elle s’installa à Auburn, dans l’État de New York, où elle vécut des décennies de pauvreté malgré tout ce qu’elle avait accompli. En 1873, elle fut victime d’une escroquerie financière qui lui coûta plus de deux mille dollars. Elle se remaria avec Nelson Davis, soutint le mouvement suffragiste et, déjà âgée, transforma une partie de ses terres en foyer pour d’anciens esclaves sans ressources.</p>
<p>Âgée et entourée d’amis et de proches, elle mourut à Auburn, dans l’État de New York. Selon ses biographes, ses dernières paroles firent écho à Jean 14:3 : elle allait préparer une place pour ceux qu’elle aimait, comme elle l’avait fait toute sa vie sur la terre.</p>
Pessoa