Il existe une douleur que peu de gens comprennent, celle de dire une vérité que personne ne veut entendre, année après année, sans voir aucun changement. Jérémie a vécu cette douleur pendant plus de quarante ans, et la Bible ne cache pas le prix que cela lui a coûté.
Encore jeune, fils du sacrificateur Hilqiya, dans la petite ville d’Anathoth, il fut appelé par Dieu à prophétiser contre Juda. Sa première réaction fut de résister : il dit ne pas savoir parler, car il était encore trop jeune (Jérémie 1:6). Dieu n’accepta pas cette excuse et l’envoya malgré tout.
Le message était dur : Jérusalem tomberait si elle ne se repentait pas. Dans le parvis du Temple, Jérémie annonça que la maison de Dieu elle-même serait détruite, et il fut presque lynché pour cela (Jérémie 26). Des rois l’ignorèrent, des prêtres le haïrent, et un faux prophète alla jusqu’à briser publiquement le joug de bois qu’il portait pour illustrer la captivité à venir.
Le roi Yehoyaqim fit brûler le rouleau contenant ses prophéties. Jérémie se contenta de tout dicter à nouveau à son scribe fidèle, Baruch (Jérémie 36). Plus tard, accusé de trahison pour avoir conseillé la reddition à Babylone, il fut jeté dans une citerne boueuse et faillit mourir, sauvé seulement par un étranger, l’Éthiopien Ébed-Mélek.
En 586 av. J.-C., il vit de ses propres yeux ce qu’il avait passé sa vie à annoncer : Jérusalem en ruines, le Temple en cendres. Il écrivit les Lamentations sur ces décombres, sans cacher son propre désespoir, allant jusqu’à maudire le jour de sa naissance (Jérémie 20:14).
Malgré tout, au milieu du siège, il acheta un champ comme signe que Dieu avait encore un avenir pour son peuple (Jérémie 32). Et c’est lui qui reçut la promesse d’une alliance nouvelle, écrite non sur la pierre, mais dans le cœur (Jérémie 31:33).
La vie de Jérémie dit au lecteur d’aujourd’hui qu’obéir à Dieu ne garantit ni applaudissements, ni succès visible, ni même une paix intérieure facile. Elle dit aussi qu’il est possible de pleurer devant Dieu sans cesser de lui faire confiance, et que l’espérance la plus solide naît souvent justement là où tout semble perdu.