Chacun s’est déjà surpris à faire, par loyauté envers quelqu’un qu’il aime, quelque chose qu’il savait mauvais. Cette loyauté sans frein, capable de protéger et de détruire avec la même force, résume la vie de Joab, le général qui servit David avec un dévouement trop dangereux pour connaître des limites.
Fils de Tseruja, sœur de David, Joab grandit aux côtés du futur roi et devint commandant de l’armée d’Israël en étant le premier à attaquer la forteresse de Jérusalem (1 Chroniques 11:6). Victorieux, courageux et stratège, il remporta les guerres qui consolidèrent le trône de David.
Mais la même main qui défendait le royaume tuait aussi de son propre chef. Joab assassina Abner, général rival, par vengeance pour la mort de son frère Asaël, rompant un accord de paix que David avait conclu (2 Samuel 3:27). Le roi le maudit, mais ne le punit pas.
Des années plus tard, ce fut Joab qui exécuta l’ordre secret de David pour qu’Urie meure en première ligne, aidant à dissimuler l’adultère avec Bath-Schéba (2 Samuel 11:14-17). Il obéissait au roi sans jamais s’interroger sur le prix moral.
Quand Absalom se rebella, Joab le tua, alors même que David avait publiquement ordonné d’épargner la vie de son fils (2 Samuel 18:14). Pour Joab, la sécurité du royaume valait plus que la douleur d’un père.
Son ambition finit par le trahir : craignant de perdre le commandement au profit de son cousin Amasa, il le tua aussi, et soutint le mauvais prince dans la lutte pour le trône (2 Samuel 20:8-10 ; 1 Rois 1:7). Salomon ordonna son exécution près de l’autel (1 Rois 2:28-34).
Joab remporta presque toutes les batailles qu’il livra et perdit la seule qui comptait vraiment : celle de servir Dieu, et non seulement lui-même. Sa force brute rappelle que le talent et l’efficacité ne remplacent jamais un cœur rendu à la volonté du Seigneur.