Presque tout le monde a déjà hérité d’un problème qu’il n’a pas créé : une dette familiale, un projet voué à l’échec, une crise qui a commencé avant sa propre naissance, mais qui est quand même tombée entre ses mains. Jojakin est monté sur le trône de Juda exactement dans cette position, avec l’horloge qui tournait déjà contre lui.
Il était le fils de Jojakim, un roi qui avait passé son règne à défier les prophètes et à provoquer Babylone. Quand son père tomba, alors que l’armée de Nabuchodonosor assiégeait déjà Jérusalem, Jojakin monta sur le trône à dix-huit ans et régna seulement trois mois (2 Rois 24:8).
Il n’eut pas le temps de changer le cours de l’histoire, et peut-être n’y avait-il déjà plus de cours à changer. Face au siège, Jojakin prit la décision qui allait définir le reste de sa vie : il se rendit avec sa mère, la cour et les officiers, plutôt que de s’obstiner dans une résistance qui aurait détruit la ville (2 Rois 24:12).
Nabuchodonosor l’exila à Babylone avec le reste de la noblesse, les artisans les plus habiles et les trésors du temple et du palais (2 Rois 24:13-16). Le prophète Jérémie avait déjà annoncé qu’aucun de ses descendants ne s’assiérait plus jamais sur le trône de David (Jérémie 22:28-30).
À Babylone, Jojakin disparaît des récits pendant des décennies, un nom sur une liste d’exilés, jusqu’à ce que le prophète Ézéchiel se mette à dater ses propres visions par les années de l’exil du roi Jojakin (Ézéchiel 1:2). Ce n’est qu’à la trente-septième année de sa captivité qu’un nouveau roi babylonien le fait sortir de prison et lui donne une place à la table royale pour le reste de sa vie (2 Rois 25:27-30).
Il est facile de ne lire cette histoire que comme une tragédie, mais elle recèle davantage. Le nom du roi condamné à l’oubli réapparaît des siècles plus tard dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1:11-12), preuve qu’aucune sentence sur une vie n’est le dernier mot de Dieu.
Quiconque porte aujourd’hui le poids d’une crise qu’il n’a pas choisie, ou vit une forme d’exil qu’il n’a pas demandée, trouve en Jojakin un miroir. Dieu n’abandonne pas celui qui est pris au piège dans les ruines des erreurs d’une autre génération, et sa grâce atteint même les lignées qui semblaient sans avenir.