1526-1555

Humaniste · Érudite · Traductrice

Olympia Fulvia Morata

Résumé
Humaniste italienne de Ferrare, l'une des érudites les plus remarquables de la Renaissance. Elle embrassa la foi réformée à la cour de Renée de France, traduisit des Psaumes en grec homérique et défendit, au péril de sa propre vie, le droit des femmes à l'étude sérieuse des Écritures et des classiques.
Portrait
Biographie

À douze ans, Olympia Fulvia Morata lisait et discutait déjà en grec et en latin des classiques que la plupart des hommes de son époque n’auraient jamais touchés. Née à Ferrare, fille de l’humaniste Fulvio Pellegrino Morato, elle fut instruite à la maison avec une rigueur rare pour une fille de la Renaissance.

En 1539, elle entra à la cour de Ferrare comme compagne d’étude d’Anne d’Este, sous le patronage de Renée de France, duchesse aux sympathies protestantes. Elle y côtoya des penseurs réformés, parmi lesquels Jean Calvin, et approfondit son contact avec la Bible.

Après la mort de son père, en 1548, elle perdit la faveur de la cour : l’environnement devint hostile à l’hétérodoxie, et elle en vint à écrire que, tant qu’elle y était restée, elle n’avait jamais pu lire librement les livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Les éloges qu’elle avait reçus dans son enfance de la part d’érudits comme Celio Calcagnini, ami de son père, ne lui garantirent aucune reconnaissance sérieuse une fois devenue adulte : dans une lettre à un maître, elle se plaignit d’avoir été abandonnée par la cour et reçue de façon humiliante.

Vers 1549 et 1550, elle épousa Andreas Grunthler, médecin et érudit bavarois, lors d’une cérémonie protestante. Cette union scella aussi un choix de foi : peu après, le couple quitta l’Italie et s’établit en Allemagne.

À Schweinfurt, Olympia se consacra à la théologie et traduisit sept psaumes en grec homérique, unissant forme classique et contenu biblique. Elle défendait aussi, dans ses lettres et ses dialogues, l’idée que l’étude sérieuse ne devait pas être refusée aux femmes.

En 1553 et 1554, pendant la guerre du second margraviat, Schweinfurt fut assiégée et pillée. Olympia s’enfuit pieds nus, perdit sa bibliothèque et la majeure partie de ses écrits, et fut même emprisonnée avec son mari à Hammelburg, sous la menace de mort, jusqu’à ce qu’ils soient protégés par le comte et la comtesse d’Erbach.

Réfugiée à Heidelberg, elle reconstitua de mémoire une partie de sa bibliothèque et se mit à enseigner le grec et le latin en privé. Sa santé, déjà fragilisée par la fuite, commença à décliner.

Elle mourut à Heidelberg le 26 octobre 1555, probablement de tuberculose. Son mari et son ami Celio Secondo Curione réunirent ses lettres et ses écrits, publiés à Bâle en 1558, un texte qui, des siècles plus tard, serait relu, notamment par Goethe.

“Moi qui, bien que née femme, ai délaissé les choses féminines : la laine, la navette, les fils du métier à tisser et les corbeilles de travail.”
Olympia Fulvia Morata · Poème en grec (XVIe siècle), dans "The Complete Writings of an Italian Heretic", trad. Holt N. Parker, University of Chicago Press, 2003
Chronologie
1526

Naissance à Ferrare

Fille de l'humaniste Fulvio Pellegrino Morato, elle fut instruite en latin et en grec dès son plus jeune âge.

1539

Entrée à la cour de Ferrare

Devient compagne d'étude d'Anne d'Este sous le patronage de Renée de France.

1540-1548

Formation avancée et contact réformé

Approfondit la rhétorique, la Bible et les classiques ; fréquente des penseurs protestants, dont Jean Calvin.

1548

Mort du père et disgrâce à la cour

Perd l'appui de la cour et se voit empêchée de continuer à lire librement les Écritures.

1549-1550

Mariage avec Andreas Grunthler

S'unit au médecin bavarois lors d'une cérémonie protestante et quitte l'Italie.

1552-1553

Traduction des Psaumes à Schweinfurt

Traduit sept psaumes en grec homérique tout en se consacrant à la théologie.

1553-1554

Siège et pillage de Schweinfurt

Fuit pieds nus, perd sa bibliothèque et ses écrits, et est même emprisonnée avec son mari sous la menace de mort.

1554

Installation à Heidelberg

Reconstitue une partie de sa bibliothèque de mémoire et se met à enseigner le latin et le grec.

1555

Mort à Heidelberg

Décède le 26 octobre, probablement de tuberculose contractée durant sa fuite.

Œuvres et jalons

Défense de Cicéron

vers 1540

Débat public sur l'œuvre de Cicéron à la cour de Ferrare, aujourd'hui perdu, qui révéla sa précocité rhétorique.

Commentaire sur les Paradoxa Stoicorum

1542

Étude sur l'œuvre stoïcienne de Cicéron, écrite alors qu'elle était encore adolescente.

Traduction latine de contes du Décaméron

1544-1545

Traduisit en latin deux contes de Boccace, en retirant les références catholiques du texte original.

Dialogue de Théophila et Philotima

1551

Traité sur la spiritualité et l'étude, écrit pour une amie de la cour, Lavinia della Rovere.

Traduction des Psaumes en grec homérique

1552-1553

Sept psaumes traduits en grec classique à Schweinfurt, puis mis en musique par son mari.

Correspondance et écrits réunis

Bâle, 1558

Lettres, poèmes et dialogues rassemblés par son mari et par Celio Secondo Curione, publiés après sa mort.

Contributions
1

Érudition féminine en latin et en grec

Elle fut l'une des rares femmes d'Europe au XVIe siècle à écrire en latin et en grec classiques, et non seulement dans la langue vernaculaire, ce qui fit d'elle une référence d'étude sérieuse pour les générations suivantes.

2

Défense de l'étude pour les femmes

Dans ses lettres et ses dialogues, elle affirma que l'accès aux Écritures et aux classiques ne devait pas être refusé aux femmes, à contre-courant des coutumes de son époque.

3

Traduction poétique des Psaumes

Elle traduisit sept psaumes en grec homérique, unissant la forme de la poésie classique au contenu biblique, un exercice rare d'humanisme chrétien.

4

Témoignage de foi sous la persécution

Elle quitta l'Italie, sa famille et le confort de la cour par conviction protestante, et affronta la prison et la menace de mort sans reculer dans sa foi.

Héritage missionnaire

Elle est connue comme une pionnière parmi les femmes qui ont uni une érudition sérieuse à la foi protestante, inspirant traductrices et éducatrices chrétiennes.

Sa fuite et son emprisonnement à cause de la foi parlent aux chrétiens persécutés aujourd'hui qui quittent terre et confort par conviction.

Son exemple d'étude biblique rigoureuse rappelle l'importance de la formation théologique des femmes dans les églises et sur les champs missionnaires.

La traduction des Psaumes en grec rappelle la valeur de mettre l'érudition et le talent artistique au service de la Parole.

Autres personnes