1607–1676

Pasteur luthérien · Auteur de cantiques

Paul Gerhardt

Résumé
Pasteur luthérien et hymnographe allemand, considéré comme le plus grand hymnographe d'Allemagne après Luther. Il vécut presque toute la guerre de Trente Ans et perdit son épouse et quatre de ses cinq enfants, mais laissa des hymnes de consolation spirituelle chantés encore aujourd'hui, dont beaucoup furent mis en musique par Johann Sebastian Bach.
Portrait
Biographie

Peu d’hymnes consolent autant que ceux de Paul Gerhardt, et peu d’hymnographes ont payé un prix aussi élevé pour les écrire. Pasteur luthérien allemand, il a traversé la pire guerre de l’histoire européenne et a enterré son épouse et quatre de ses enfants, sans jamais cesser de chanter la fidélité de Dieu.

Né le 12 mars 1607 à Gräfenhainichen, en Saxe, Gerhardt perdit son père à 12 ans et sa mère à 14 ans. Il étudia au collège de Grimma puis la théologie à l’université de Wittenberg, terminant ses études vers 1642, en pleine guerre de Trente Ans.

Sans paroisse disponible au milieu du conflit, il passa des années comme précepteur à Berlin, dans la maison de l’avocat Andreas Barthold. Il y rencontra le musicien Johann Crüger, qui mit en musique des dizaines de ses hymnes, et courtisa Anna Maria, fille de la famille, qu’il épouserait en 1655.

Ce n’est qu’en 1651, à 44 ans, qu’il devint pasteur à Mittenwalde, près de Berlin. C’est là qu’il écrivit une grande partie de ses hymnes les plus aimés, parmi lesquels Befiehl du deine Wege, inspiré du Psaume 37, et la version allemande de l’hymne médiéval qui deviendrait O Haupt voll Blut und Wunden.

En 1657, il devint prédicateur à la Nikolaikirche de Berlin, mais en 1666 il fut destitué de sa charge pour avoir refusé de signer un édit du prince-électeur qui faisait taire les disputes doctrinales entre luthériens et réformés. La ville demanda son retour, mais il ne céda pas et resta plus d’un an sans revenu fixe.

Des cinq enfants du couple, quatre moururent en bas âge, et en 1668 son épouse Anna Maria s’éteignit après une longue maladie. Gerhardt partit avec son unique fils survivant, Paul Friedrich, pour Lübben, où il prit la dernière paroisse de sa vie.

C’est au milieu de cette succession de pertes, et non malgré elles, que naquirent des vers comme Nun ruhen alle Wälder et Geh aus, mein Herz, des hymnes de consolation que l’Allemagne dévastée par la guerre chanta pendant des générations. Bach utiliserait ses strophes dans les Passions et dans l’Oratorio de Noël.

Gerhardt mourut à Lübben le 27 mai 1676. Il laissa plus de 130 hymnes qui traversent aujourd’hui encore les frontières confessionnelles, rappelant que la foi chrétienne peut chanter l’espérance précisément au milieu de la douleur, sans la nier.

“Fais du bien aux hommes, même s'ils ne peuvent te le rendre, car ce que les hommes ne peuvent rendre, le Créateur du ciel et de la terre l'a déjà rendu depuis longtemps.”
Paul Gerhardt · Testament à son fils Paul Friedrich, 1676
Chronologie
1607

Naissance à Gräfenhainichen

Naît dans une famille de la petite bourgeoisie de la Saxe électorale.

1619–1621

Mort des parents

Devient orphelin de père et de mère encore adolescent, en pleine guerre de Trente Ans.

1628

Études à Wittenberg

Entre à l'université de Wittenberg pour étudier la théologie.

1642–1651

Précepteur à Berlin

Sans paroisse disponible à cause de la guerre, il subvient à ses besoins comme précepteur et écrit ses premiers hymnes.

1651

Premier pastorat, à Mittenwalde

Ordonné à 44 ans, au début de la période de plus grande production hymnique.

1655

Mariage avec Anna Maria Barthold

1657

Prédicateur à la Nikolaikirche de Berlin

1666–1668

Destitution à Berlin et mort de l'épouse

Refuse de signer l'édit du prince-électeur, perd son poste et, deux ans plus tard, son épouse Anna Maria.

1676

Mort à Lübben

Décède le 27 mai, après huit ans comme pasteur dans la ville.

Œuvres et jalons

Befiehl du deine Wege

1653

Hymne de confiance structuré comme un acrostiche du Psaume 37, écrit à Berlin et publié dans le Praxis Pietatis Melica.

O Haupt voll Blut und Wunden

1656

Version allemande de l'hymne médiéval sur la passion du Christ, attribué à Bernard de Clairvaux, rendue célèbre par Bach.

Nun ruhen alle Wälder

1647

Hymne du soir de consolation, l'un des plus chantés de la tradition luthérienne allemande.

Geh aus, mein Herz, und suche Freud

1653

Hymne sur la beauté de la création comme signe de la bonté de Dieu au cœur de la guerre.

Pastorat à Mittenwalde

1651

Première paroisse stable, obtenue à 44 ans, période de plus grande production d'hymnes.

Geistliche Andachten

1666–1667

Premier recueil complet de ses hymnes, organisé par le compositeur Johann Georg Ebeling.

Plus de 130 hymnes

Praxis Pietatis Melica

Ensemble de textes publiés tout au long de sa vie, dont beaucoup figurent encore dans les recueils luthériens aujourd'hui.

Contributions
1

Recueil hymnique dévotionnel allemand

Il a consolidé, aux côtés du musicien Johann Crüger, un répertoire d'hymnes unissant doctrine luthérienne et dévotion personnelle, façonnant le chant communautaire allemand pendant des siècles.

2

Hymnes de consolation en temps de guerre

Il a donné un langage chantable à la souffrance commune de la guerre de Trente Ans, aidant des générations à se lamenter et à faire confiance à Dieu en même temps.

3

Influence sur Johann Sebastian Bach

Des strophes de ses hymnes ont été mises en musique par Bach dans les Passions selon Matthieu et selon Jean ainsi que dans l'Oratorio de Noël, élargissant leur portée au-delà de l'Allemagne.

4

Fermeté doctrinale au prix personnel

Il a refusé de taire ses convictions luthériennes par convenance politique, même au prix de son gagne-pain; cette intransigeance a eu un coût réel pour une famille déjà endeuillée.

Héritage missionnaire

Des hymnes comme Befiehl du deine Wege continuent d'être traduits et chantés dans des Églises de nombreuses langues, apportant une consolation biblique dans des contextes de deuil et de déplacement.

Son union entre une théologie solide et une émotion contenue a influencé le répertoire hymnique protestant emporté par les missionnaires vers des Églises plantées à travers le monde.

Il montre que la foi chrétienne peut être annoncée avec honnêteté au milieu de la souffrance, sans minimiser la douleur, un modèle pour l'accompagnement pastoral dans des champs marqués par la guerre et la crise.

Sa vie rappelle aux communautés chrétiennes confrontées aujourd'hui au conflit et au déplacement que le chant et la liturgie soutiennent la foi quand les institutions humaines échouent.

Autres personnes