Presque tout le monde a déjà dû décider, en quelques minutes, s’il fallait prendre au sérieux un avertissement qui semblait trop grave pour être réel. Il est facile de négliger l’alerte quand elle menace de tout bouleverser, surtout pour qui a du pouvoir, du confort et toute une routine à protéger.
Le roi de Ninive avait tout cela. Il gouvernait la capitale du plus grand empire de son époque, une ville si vaste que Jonas eut besoin d’une journée entière rien que pour commencer à la parcourir (Jonas 3:3-4). C’est dans ce contexte de pouvoir que lui parvint la nouvelle d’un prophète étranger annonçant, sans preuve ni signe visible, que la ville serait détruite dans quarante jours.
La réaction du roi surprend. Il n’a pas fait arrêter le messager ni ignoré l’avertissement : il s’est levé de son propre trône, a ôté son manteau royal et a revêtu un sac, le vêtement rugueux porté dans les moments de deuil profond. Puis il s’est assis sur la cendre, un geste d’humiliation qu’aucun protocole n’exigeait de lui (Jonas 3:6).
Puis il est allé au-delà du geste personnel. Avec ses nobles, il décréta un jeûne pour toute la ville, hommes et animaux, et ordonna au peuple de crier à Dieu et d’abandonner ses mauvaises voies et la violence qu’il pratiquait (Jonas 3:7-8). Sa justification n’apportait aucune certitude : « Qui sait ? Dieu reviendra peut-être sur sa décision, il renoncera peut-être à son ardente colère, et alors nous ne périrons pas » (Jonas 3:9).
Cette phrase ne contenait aucune garantie, seulement de l’espérance. Et Dieu répondit : il vit ce que la ville avait fait, comment elle avait abandonné ses mauvaises voies, et il ne fit pas venir la destruction annoncée (Jonas 3:10). Des siècles plus tard, Jésus citerait ce même épisode pour confronter ceux qui avaient reçu plus de lumière et donné moins de réponse (Matthieu 12:41).
L’histoire du roi de Ninive dérange parce qu’il n’avait aucune raison religieuse de croire Jonas, ni n’appartenait au peuple de Dieu. Pourtant, il répondit à l’avertissement avec plus d’humilité que bien des gens n’en montrent devant des preuves évidentes. Elle interpelle le lecteur : face à ce que Dieu a déjà révélé, ma réponse a-t-elle été plus dure que celle d’un roi païen ?