505-571

Compositeur · Hymnographe

Saint Yared

Résumé
Compositeur et moine éthiopien du VIe siècle, créateur du Zema, le chant sacré de l'Église orthodoxe éthiopienne, et du melekket, système de notation qui préserve sa musique jusqu'à aujourd'hui. Son œuvre a façonné la liturgie éthiopienne pendant quinze siècles et il est vénéré comme saint par l'Église orthodoxe tewahedo.
Portrait
Biographie

Tout enfant a déjà entendu, de la bouche d’un professeur, qu’il « n’est pas fait pour les études ». C’est un poids qui marque : le sentiment que la comparaison avec les autres a déjà décidé qui l’on sera. L’histoire de Yared commence exactement à cet endroit, et se termine en montrant que Dieu ne mesure pas un appel à l’horloge des hommes.

Yared naquit à Axoum, dans l’ancien royaume chrétien d’Aksoum, le 25 avril 505. Il perdit son père très tôt et fut envoyé étudier auprès du prêtre Abba Gedeon, mais il ne parvenait pas à mémoriser les psaumes tandis qu’il voyait ses camarades progresser.

Selon la tradition de l’Église éthiopienne, un jour, aux champs, il observa une petite chenille tentant de grimper le long d’un tronc. Elle tombait, recommençait, tombait encore, jusqu’à atteindre le sommet. Yared retourna à ses études avec la même persévérance, et sa mémoire se serait transformée à partir de ce moment.

Ordonné prêtre à l’église Notre-Dame Marie de Sion, il fut appelé à la cour du roi Gebre Meskel, où il composa les chants qui deviendraient le Zema, la musique sacrée éthiopienne, organisée en trois modes traditionnellement liés à la Trinité : guèze, ezel et araray.

La tradition attribue aussi à Yared la création du melekket, un système de signes destiné à transmettre les mélodies de génération en génération, sans dépendre uniquement de la mémoire de chaque maître de chant. Des chercheurs notent que la forme écrite de ce système n’apparaît clairement dans les manuscrits qu’à partir du XVIe siècle, ce qui suggère un long développement postérieur à son époque.

La tradition raconte encore qu’en chantant devant le roi, Yared fut si absorbé qu’il ne remarqua pas que la lance du souverain lui avait blessé le pied. Ému, le roi lui offrit n’importe quelle récompense ; Yared demanda seulement la permission de quitter la cour et de vivre retiré, consacré à la prière et à l’enseignement.

Il se retira dans les monts Simien, où il forma des disciples et vécut dans la prière et l’enseignement, jusqu’à sa mort le 20 mai 571, à l’âge de 66 ans. Les Églises orthodoxes d’Éthiopie et d’Érythrée le vénèrent comme saint, et son chant demeure vivant dans la liturgie quotidienne, quinze siècles plus tard.

La vie de Yared rappelle que le don planté chez un élève jugé « faible » peut devenir la voix de toute une Église pendant des siècles. Là où d’autres ne virent qu’un échec, un insecte grimpant sur un tronc enseigna la persévérance, et cette persévérance soutient encore aujourd’hui la foi et le culte d’un peuple.

Chronologie
505

Naissance à Axoum

Naît le 25 avril, dans le royaume d'Aksoum, l'un des plus anciens royaumes chrétiens d'Afrique.

Jeunesse

L'épisode de la chenille

En voyant un insecte tenter à plusieurs reprises de grimper le long d'un tronc jusqu'à y parvenir, il reprend l'étude des Écritures qu'il avait abandonnée.

Jeunesse

Ordination et arrivée à la cour

Il devient prêtre à l'église Notre-Dame Marie de Sion et est appelé à la cour du roi Gebre Meskel.

VIe siècle

Composition du Zema et des trois modes liturgiques

Il crée le chant sacré éthiopien et définit les modes guèze, ezel et araray.

VIe siècle

L'incident de la lance

Absorbé par son chant devant le roi, il ne remarque pas que la lance du souverain lui a blessé le pied ; en signe de gratitude, il obtient la permission de se retirer à la vie monastique.

VIe siècle

Retraite dans les monts Simien

Il quitte la cour pour vivre dans la prière, le jeûne et l'enseignement.

571

Mort dans les monts Simien

Il meurt le 20 mai, à l'âge de 66 ans ; il est proclamé saint par l'Église orthodoxe éthiopienne.

Aujourd'hui

Célébré le 19 mai

Sa fête est célébrée par les Églises orthodoxes d'Éthiopie et d'Érythrée, et son chant façonne encore la liturgie quotidienne.

Œuvres et jalons

Création du Zema

VIe siècle

Compose l'ensemble des chants sacrés qui deviendra la musique liturgique officielle de l'Église orthodoxe éthiopienne, organisée en trois modes liés à la Trinité.

Invention du melekket

VIe siècle (tradition)

La tradition attribue à Yared un système de notation musicale mnémotechnique destiné à préserver les mélodies ; la forme écrite connue, cependant, n'apparaît dans les manuscrits qu'à partir du XVIe siècle.

Livre du Deggwa (Digua)

Digua

Rassemble les hymnes pour les dimanches et fêtes de l'année liturgique, devenant le principal hymnaire de la tradition éthiopienne.

Livre du Meraf

Meraf

Hymnaire avec des chants pour les grandes fêtes, les prières quotidiennes et la période de jeûne.

Livre du Zemmare

Zemmare

Recueil de chants exécutés après la célébration de l'Eucharistie.

Livre du Mewasit (Mawase'et)

Mewasit

Hymnaire avec des chants funèbres, utilisés dans les rites funéraires encore aujourd'hui.

Contributions
1

Fondation de la musique sacrée éthiopienne

Il a créé un ensemble de chants devenu l'épine dorsale de la liturgie éthiopienne, encore chanté sans grands changements plus de mille ans après.

2

Système de notation (melekket)

La tradition lui attribue l'invention de signes mnémotechniques pour enseigner fidèlement des mélodies complexes, sans dépendre uniquement de la mémoire orale de chaque maître.

3

Formation des maîtres du chant

Il a donné naissance à une tradition d'écoles de chant et de danse liturgique qui forment, encore aujourd'hui, les debtera, chantres et scribes de l'Église éthiopienne.

4

Préservation du guèze liturgique

Ses hymnes ont aidé à maintenir vivante la langue guèze comme langue sacrée du culte, même après qu'elle a cessé d'être parlée au quotidien.

Héritage missionnaire

Il montre que la musique peut porter la foi de tout un peuple à travers les générations, un principe que les missions en contextes oraux appliquent en traduisant hymnes et Écritures en chant local.

Il est un exemple de contextualisation : au lieu d'importer des formes de culte étrangères, il a fait naître une expression authentiquement éthiopienne de l'adoration chrétienne, une référence pour les missions qui cherchent à incarner l'évangile dans chaque culture.

Son œuvre a soutenu l'identité chrétienne de l'Éthiopie à travers des siècles d'isolement et de pression extérieure, témoignage de la résistance de la foi là où l'Église vit loin des autres centres chrétiens.

Il continue d'inspirer les chrétiens éthiopiens et érythréens de la diaspora, qui emportent le Zema comme part de leur identité de foi vers les lieux où ils émigrent aujourd'hui.

Autres personnes