Chacun a déjà ressenti cette impulsion de garder pour soi quelque chose qui ne lui revenait pas : un peu de monnaie en trop, un objet trouvé, quelque chose que personne ne verrait si l’on se taisait simplement. L’histoire d’Acan commence exactement à cet instant si ordinaire, et se termine en montrant à quel point un péché caché peut coûter cher.
Acan était fils de Carmi, petit-fils de Zimri et arrière-petit-fils de Zérah, de la tribu de Juda (Jos 7:1). Il faisait partie de l’armée qui avait vu les murs de Jéricho s’effondrer devant le Seigneur, la première grande victoire d’Israël en Canaan. Avant la bataille, Josué avait donné un ordre clair : tout ce qui se trouvait dans la ville appartenait au Seigneur et devait être détruit ou porté au trésor sacré, sous peine d’apporter destruction et malheur sur le camp (Jos 6:18-19).
Au milieu des décombres, Acan vit un beau manteau de Shinar, deux cents pièces d’argent et un lingot d’or. Il les convoita, s’en empara et les cacha sous le sol de sa propre tente, l’argent tout en dessous (Jos 7:21). Personne d’autre ne semblait le savoir.
Mais Israël allait bientôt payer le prix de ce silence. En attaquant la petite ville d’Aï, l’armée fut surprise et mise en fuite, laissant trente-six hommes morts (Jos 7:4-5). Josué déchira ses vêtements et se prosterna, le visage contre terre, demandant au Seigneur pourquoi il avait conduit le peuple jusque là pour le vouer à la destruction.
Dieu répondit qu’il y avait du péché dans le camp, des objets consacrés pris en secret. Par le moyen du sort, la recherche se resserra, de la tribu de Juda au clan, de la famille à l’homme, jusqu’à ce qu’Acan soit désigné (Jos 7:16-18). Josué l’appela « mon fils » et lui demanda de confesser sans rien cacher (Jos 7:19).
Acan ne mentit pas. Il reconnut son péché, indiqua où il avait caché ce qu’il avait pris, et les biens furent retrouvés exactement comme il l’avait décrit (Jos 7:20-23). Malgré cela, lui, sa famille et tout ce qu’il possédait furent conduits dans la vallée qui allait s’appeler la vallée d’Acor, la vallée du malheur (Jos 7:24-26).
L’histoire d’Acan dérange parce qu’elle expose quelque chose d’universel : une convoitise qui naît d’un regard, un silence qui semble sûr, et un péché privé qui ne reste jamais vraiment privé. Ce qui appartient à Dieu lui appartient toujours, même quand personne ne regarde, et l’intégrité de quelques-uns protège ou compromet la mission de beaucoup devant les nations.