Beaucoup de gens ont le sentiment de ne pas avoir la légitimité de dire ce qui doit être dit : il leur manque un diplôme, un titre, ou l’appartenance au bon groupe. Amos connaissait bien ce sentiment. Il ne venait pas d’une famille de prophètes, n’avait pas été formé dans une école religieuse, n’avait aucun lien avec le temple. Il était berger et cultivait des figues sauvages à Tekoa, un village pauvre de Juda, dans le sud.
Pourtant, c’est cet homme simple que Dieu a appelé pour confronter le royaume du Nord, Israël, au sommet de sa prospérité. Le roi Jéroboam II régnait depuis des décennies, les coffres étaient pleins, le commerce prospérait. Mais derrière cette richesse se cachaient l’exploitation des pauvres, des tribunaux corrompus et une religiosité qui accomplissait des rituels sans pratiquer la justice (Amos 5:24).
Amos fut envoyé précisément dans ce lieu qui n’était pas le sien, pour dire ce que personne en Israël ne voulait entendre. Il annonça le châtiment des nations voisines, une à une, jusqu’à refermer le cercle sur Israël lui-même, qui se croyait protégé parce qu’il était le peuple élu (Amos 1 et 2).
À Béthel, principal sanctuaire du royaume, Amos eut une vision de Dieu avec un fil à plomb, instrument utilisé pour mesurer si un mur était droit. Israël était tordu, et Dieu ne l’épargnerait plus (Amos 7:7-8). Le prêtre Amatsia tenta de le faire taire, lui ordonnant de retourner en Juda et de cesser de prophétiser là-bas (Amos 7:12-13).
La réponse d’Amos est restée célèbre : il n’était pas prophète et n’appartenait à aucun groupe de prophètes, il ne faisait que garder le troupeau, mais le Seigneur l’en a retiré et lui a ordonné de prophétiser (Amos 7:14-15). Il n’a pas choisi la mission ; il a été choisi pour elle, même sans sembler être la bonne personne.
Le livre se termine cependant non pas par une condamnation, mais par une espérance : Dieu promet de restaurer ce qui était tombé et de rebâtir les ruines (Amos 9:11-14). Le jugement n’est pas le dernier mot sur le peuple de Dieu.
La vie d’Amos rappelle que Dieu ne choisit pas ses messagers selon leur curriculum, mais selon leur disposition à obéir. Celui qui se sent mal préparé pour dire une vérité dérangeante trouve en Amos un précédent : la voix que Dieu utilise est rarement celle que le monde attendrait.