1726–1798

Missionnaire · Éducateur · Diplomate

Christian F. Schwartz

Résumé
Missionnaire luthérien piétiste qui consacra près de cinquante ans au sud de l'Inde. Il gagna la confiance de rajahs hindous et du sultan musulman Hyder Ali par son intégrité personnelle, devint le précepteur de princes et fonda des écoles, laissant l'un des plus grands héritages missionnaires du XVIIIe siècle.
Portrait
Biographie

En une époque de guerres entre empires et de méfiance entre religions, un pasteur prussien gagna quelque chose de rare : la confiance publique de rajahs hindous et d’un sultan musulman en guerre contre les Britanniques. Non par le pouvoir ou la richesse, mais par une vie d’une intégrité reconnue.

Christian Friedrich Schwartz naquit le 22 octobre 1726 à Sonnenburg, en Prusse. En 1746, il entra à l’université de Halle, centre du piétisme luthérien, où il rencontra l’ancien missionnaire Benjamin Schultze et décida de servir en Inde. Il fut ordonné à Copenhague en 1749.

Il arriva en Inde en 1750 et passa plus d’une décennie à Tranquebar, se consacrant à l’étude du tamoul et d’autres langues locales. En 1762, il s’installa à Tiruchirapalli, où il prit soin des soldats britanniques, des chrétiens indiens et des hindous, et apprit l’ourdou pour dialoguer aussi avec les musulmans.

À partir de 1778, il s’établit à Tanjore, à l’invitation du rajah local. Il y gagna une telle confiance de la cour qu’à la mort du rajah Tuljaji, en 1787, il devint responsable de la protection du jeune héritier Serfoji II, alors âgé d’une dizaine d’années, qu’il éduqua et parraina pendant des années.

En 1779, il fut envoyé comme émissaire de paix auprès du sultan Hyder Ali de Mysore, traversant en sécurité un territoire ennemi. La mission n’empêcha pas la guerre qui suivit, un rappel sobre que son influence, bien réelle, avait des limites face à la politique des grandes puissances.

Sa réputation d’intégrité avait aussi un côté plus rigide. À Tirunelveli, il refusa pendant des années de baptiser Clarinda, une veuve brahmane qui vivait, hors mariage, avec un officier britannique qui lui avait promis le mariage. Il n’accepta de la baptiser qu’en 1778, après la mort de celui-ci. L’épisode, rapporté par des biographes du XIXe siècle, montre un homme aux règles fermes, pas toujours flexible, mais qui devint aussi, sans qu’il l’ait planifié, la semence de l’église de Tirunelveli, aujourd’hui l’une des communautés chrétiennes les plus anciennes du sud de l’Inde.

Schwartz n’est pas resté dans les mémoires comme théologien original ou prédicateur d’une éloquence particulière. Son poids historique vint d’ailleurs : des écoles ouvertes à tous, un soutien financier de sa propre poche à de jeunes Indiens qu’il formait pour le ministère, et une vie qui, selon des contemporains britanniques, contribua à restaurer la réputation morale des Européens dans la région.

En 1793, un parent de la famille royale usurpa le trône de Tanjore et écarta Serfoji II du pouvoir. Schwartz intervint pour envoyer le jeune prince à Madras, où il put poursuivre ses études sous protection britannique. Ce n’est qu’après la mort du missionnaire, en juin 1798, que Serfoji II fut rétabli sur le trône, un rappel que même son influence ne suffit pas à épargner des années d’exil à son filleul.

Il mourut à Tanjore, le 13 février 1798, à 71 ans. Serfoji II, désormais rajah restauré, fit ériger un monument en sa mémoire dans l’église et écrivit des vers en son honneur, un geste rare d’un souverain hindou envers un missionnaire chrétien.

Son modèle de mission, une langue apprise en profondeur, l’éducation pour tous, la formation de responsables locaux et le respect d’autres traditions religieuses, demeure aujourd’hui encore une référence pour l’œuvre missionnaire en Asie du Sud.

Chronologie
1726

Naissance à Sonnenburg

Il naît en Prusse, fils d'un boulanger et brasseur.

1746

Entrée à l'université de Halle

Il rencontre l'ancien missionnaire Benjamin Schultze et décide de partir pour l'Inde.

1749

Ordination à Copenhague

Il est ordonné pasteur luthérien avant d'embarquer pour l'Inde.

1750

Arrivée en Inde

Il commence son ministère à Tranquebar, au sud du sous-continent.

1762

Transfert à Tiruchirapalli

Il se met à servir les soldats britanniques et les chrétiens indiens de la région.

1778

Installation à Tanjore

Il s'y installe définitivement à l'invitation du rajah local, où il passe le reste de sa vie.

1779

Mission diplomatique auprès de Hyder Ali

Il agit comme émissaire de paix auprès du sultan de Mysore.

1787

Gardien du prince Serfoji II

Il assume la protection et l'éducation du jeune héritier du trône, après la mort du rajah Tuljaji.

1793

Usurpation du trône de Tanjore

Un parent de la famille royale s'empare du pouvoir et écarte Serfoji II ; Schwartz parvient à envoyer le prince à Madras pour le protéger.

1798

Mort à Tanjore

Il meurt à 71 ans, quelques mois avant que Serfoji II ne soit rétabli sur le trône. Celui-ci lui rend hommage par un monument dans l'église locale.

Œuvres et jalons

Arrivée en Inde et ministère à Tranquebar

1750

Il débarque au sud de l'Inde et passe plus d'une décennie à étudier le tamoul et à servir les congrégations locales.

Aumônier à Tiruchirapalli

1762-1767

Il assume le soin spirituel des soldats britanniques et des chrétiens indiens après des explosions dans les poudrières de la garnison, qui laissèrent des orphelins parmi la troupe.

Écoles pour les orphelins de guerre

1762-1763

Il fonde des écoles ouvertes aux enfants chrétiens et non chrétiens, selon le modèle éducatif de Halle.

Mission diplomatique auprès de Hyder Ali

1779

Il traverse un territoire ennemi comme émissaire de paix auprès du sultan de Mysore, en pleine guerre anglo-mysorienne.

Église Saint-Pierre à Tanjore

1780

Il construit un temple de pierre, aujourd'hui connu sous le nom de Schwartz Church, qui commence à accueillir des cultes réguliers dès 1780 et sert encore aujourd'hui la communauté chrétienne locale.

Tutorat et garde du prince Serfoji II

1787

Il devient responsable de la formation et de la protection du jeune héritier du trône de Tanjore, désigné par le rajah Tuljaji sur son lit de mort.

Défense du prince exilé

1793-1798

Après l'usurpation du trône de Tanjore, il envoie Serfoji II à Madras pour le protéger et intercède auprès des autorités britanniques en sa faveur.

Contributions
1

Un pont entre les religions

Il gagna le respect public de chefs hindous et musulmans à une époque de forte méfiance entre Européens et Indiens, changeant la perception des chrétiens dans la région.

2

Une éducation ouverte à tous

Il fonda des écoles pour les enfants chrétiens et non chrétiens, considérant l'éducation comme partie indissociable de l'œuvre missionnaire.

3

Médiation politique et sociale

Il servit d'interprète et de médiateur entre la Compagnie britannique des Indes orientales et les royaumes du sud de l'Inde, contribuant à éviter des conflits et à protéger les populations locales.

4

Formation d'une direction indienne

Il recruta et soutint financièrement de jeunes Indiens qu'il forma pour le ministère, plutôt que de dépendre uniquement de missionnaires européens.

Héritage missionnaire

Il laissa un modèle de mission fondé sur une maîtrise profonde de la langue et de la culture locales, aujourd'hui encore une référence pour la préparation des missionnaires.

Il ouvrit la voie au respect du dialogue avec d'autres religions sans renoncer à son identité chrétienne, un équilibre encore recherché aujourd'hui dans des contextes pluriels.

Sa formation de responsables et de catéchistes indiens, et le baptême de la veuve Clarinda à Tirunelveli, contribuèrent à jeter les bases de l'une des communautés chrétiennes les plus anciennes et les plus nombreuses du sud de l'Inde.

Il unit évangélisation et éducation comme stratégie missionnaire intégrale, un principe qui continue d'orienter les œuvres chrétiennes en contexte de pauvreté et de conflit.

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