1906-1945

Pasteur · Théologien · Martyr

Dietrich Bonhoeffer

Résumé
Pasteur et théologien luthérien allemand, l'une des voix les plus lues du christianisme du XXe siècle. Auteur du Prix de la grâce, il a dirigé le séminaire clandestin de l'Église confessante et résisté au régime nazi jusqu'à son exécution en 1945, à 39 ans.
Portrait
Biographie

Peu de chrétiens du XXe siècle ont uni aussi bien la pensée et le courage que Dietrich Bonhoeffer. Pasteur, théologien et professeur, il choisit de rester aux côtés de son Église persécutée alors que la fuite vers un lieu sûr était à sa portée. Sa vie interroge chaque génération sur ce que coûte, en réalité, le fait de suivre Jésus.

Né à Breslau le 4 février 1906, avec sa sœur jumelle Sabine, fils d’une famille luthérienne cultivée, il obtient son doctorat en théologie à 21 ans avec la thèse Sanctorum Communio. Un séjour à New York, à l’Union Theological Seminary, le rapproche de la foi vécue à l’Abyssinian Baptist Church, congrégation afro-américaine de Harlem, une expérience qui marque profondément sa théologie.

Quand le nazisme arrive au pouvoir en 1933, il conteste publiquement la tentative du régime de soumettre l’Église allemande à l’État. Cette même année, il écrit l’essai L’Église et la question juive, défendant l’inclusion des chrétiens d’origine juive dans l’Église ; le texte porte cependant encore les traces de l’ancien préjugé théologique chrétien contre les Juifs, une lecture que Bonhoeffer n’abandonnera vraiment qu’après la violence de la Nuit de Cristal, en 1938. Il contribue à former l’Église confessante, qui refuse de jurer fidélité à Hitler, et dirige, entre 1935 et 1937, un séminaire clandestin à Finkenwalde, fermé de force par la Gestapo.

C’est dans ce contexte d’affrontement qu’il écrit Le prix de la grâce, ouvrage qui dénonce ce qu’il appelle la grâce à bon marché : le pardon sans conversion, le baptême sans engagement. Pour Bonhoeffer, la grâce qui sauve exige aussi un don radical ; porter la croix et suivre le Christ coûte la vie elle-même.

Cette conviction le pousse, à partir de 1940, à s’engager dans la résistance contre le régime, avec des contacts étroits avec le cercle qui conspirait pour renverser Hitler. Cette décision pèse sur sa conscience de pasteur formé à la non-violence ; dans des écrits ultérieurs, il reconnaît vivre sous le poids d’une culpabilité responsable, tension entre l’éthique chrétienne et l’urgence d’arrêter le mal.

Fiancé à Maria von Wedemeyer depuis le 13 janvier 1943, il est arrêté par la Gestapo le 5 avril de cette même année, sous l’accusation d’irrégularités de change liées à l’Opération 7, le sauvetage de Juifs vers la Suisse auquel il participait en utilisant sa position au sein de l’Abwehr ; le lien plus direct avec le complot contre Hitler ne sera découvert qu’après 1944. De la prison de Tegel, à Berlin, il écrit des lettres et des réflexions publiées après sa mort sous le titre Résistance et soumission.

Après l’attentat manqué contre Hitler en juillet 1944, des preuves plus directes relient Bonhoeffer au complot. Transféré de prison en prison et de camp en camp, il est condamné sans défense par un tribunal sommaire et pendu à Flossenbürg le 9 avril 1945, quelques jours seulement avant la libération du camp par les Alliés.

La vie de Bonhoeffer demeure une invitation à une foi qui ne se satisfait pas du confort : une Église qui confesse le Christ en paie aussi le prix. Son témoignage continue d’inspirer les chrétiens persécutés et les communautés qui cherchent à vivre l’Évangile en profondeur, non dans le confort.

“La grâce à bon marché est l'ennemie mortelle de notre Église.”
Dietrich Bonhoeffer · Le prix de la grâce (Nachfolge, 1937)
Chronologie
1906

Naissance à Breslau

Naît le 4 février, fils d'une famille luthérienne cultivée, avec une sœur jumelle, Sabine.

1927

Doctorat en théologie

Soutient la thèse Sanctorum Communio à Berlin, à 21 ans.

1930-1931

Union Theological Seminary

Étudie à New York et fréquente l'église afro-américaine Abyssinian Baptist Church, à Harlem.

1933

Opposition au nazisme

Publie un essai contestant la subordination de l'Église allemande au régime nazi ; la même année, il écrit sur la question juive avec une lecture théologique encore marquée par les préjugés chrétiens traditionnels, qu'il abandonnera après 1938.

1935-1937

Séminaire de Finkenwalde

Dirige le séminaire clandestin de l'Église confessante, fermé par la Gestapo en 1937.

1937

Publication du Prix de la grâce

Publie l'ouvrage qui dénonce la grâce à bon marché et défend le disciple radical.

1940

Entrée dans la résistance

Commence à travailler pour l'Abwehr et se rapproche du cercle qui conspirait contre Hitler.

1943

Fiançailles et arrestation

Fiancé à Maria von Wedemeyer le 13 janvier, il est arrêté par la Gestapo le 5 avril, sous l'accusation d'irrégularités de change liées au sauvetage de Juifs (Opération 7) ; le lien direct avec le complot contre Hitler ne sera prouvé qu'après 1944.

1945

Exécution à Flossenbürg

Condamné sans défense par un tribunal sommaire, il est pendu le 9 avril, quelques jours avant la fin de la guerre.

Œuvres et jalons

Sanctorum Communio

1927

Thèse de doctorat qui envisage l'Église comme communauté concrète du Christ, soutenue à Berlin à 21 ans.

Séminaire clandestin de Finkenwalde

1935-1937

Dirige, sous un risque croissant, le séminaire de l'Église confessante, fermé par la Gestapo.

Le prix de la grâce

Nachfolge, 1937

Ouvrage qui oppose la grâce à bon marché à la grâce qui coûte, un jalon de la théologie du don radical au Christ.

De la vie communautaire

1939

Réflexion sur l'expérience de vie communautaire vécue à Finkenwalde, publiée peu avant la guerre.

Retour en Allemagne

1939

Quitte la sécurité des États-Unis pour partager le sort de son peuple sous le nazisme.

Éthique

1949, posthume

Réflexion inachevée sur la responsabilité chrétienne en des temps de crise morale extrême, organisée et publiée après sa mort.

Résistance et soumission

Widerstand und Ergebung, 1951

Correspondance et notes de la prison de Tegel, réunies par son ami Eberhard Bethge.

Contributions
1

Théologie de la grâce qui coûte

A reformulé le débat sur la conversion et le discipulat, opposant la foi d'engagement réel aux formes superficielles de religiosité.

2

Témoignage de résistance chrétienne

Est devenu une référence de cohérence entre foi et action face à un régime totalitaire, thème étudié encore aujourd'hui en éthique chrétienne.

3

Vie communautaire chrétienne

L'expérience de Finkenwalde, consignée dans De la vie communautaire, a influencé des modèles de communauté et de formation spirituelle dans des Églises à travers le monde.

4

Réflexion sur l'éthique en temps de crise

Son œuvre inachevée Éthique reste étudiée par des chrétiens confrontés à des dilemmes moraux complexes dans des contextes d'injustice et de violence.

Héritage missionnaire

Son appel au discipulat radical inspire des missionnaires et des dirigeants chrétiens prêts à payer un prix élevé pour leur fidélité à l'Évangile.

La pratique de vie communautaire de Finkenwalde nourrit aujourd'hui des communautés missionnaires et des groupes de formation spirituelle à travers le monde.

Son témoignage sous la persécution encourage les Églises qui vivent aujourd'hui sous des régimes hostiles à l'Évangile dans différentes régions du monde.

Résistance et soumission continue d'être lu dans des contextes de souffrance comme une réflexion sur la foi, l'espérance et le service au milieu de l'épreuve.

Autres personnes