Peu de chrétiens du XXe siècle ont uni aussi bien la pensée et le courage que Dietrich Bonhoeffer. Pasteur, théologien et professeur, il choisit de rester aux côtés de son Église persécutée alors que la fuite vers un lieu sûr était à sa portée. Sa vie interroge chaque génération sur ce que coûte, en réalité, le fait de suivre Jésus.
Né à Breslau le 4 février 1906, avec sa sœur jumelle Sabine, fils d’une famille luthérienne cultivée, il obtient son doctorat en théologie à 21 ans avec la thèse Sanctorum Communio. Un séjour à New York, à l’Union Theological Seminary, le rapproche de la foi vécue à l’Abyssinian Baptist Church, congrégation afro-américaine de Harlem, une expérience qui marque profondément sa théologie.
Quand le nazisme arrive au pouvoir en 1933, il conteste publiquement la tentative du régime de soumettre l’Église allemande à l’État. Cette même année, il écrit l’essai L’Église et la question juive, défendant l’inclusion des chrétiens d’origine juive dans l’Église ; le texte porte cependant encore les traces de l’ancien préjugé théologique chrétien contre les Juifs, une lecture que Bonhoeffer n’abandonnera vraiment qu’après la violence de la Nuit de Cristal, en 1938. Il contribue à former l’Église confessante, qui refuse de jurer fidélité à Hitler, et dirige, entre 1935 et 1937, un séminaire clandestin à Finkenwalde, fermé de force par la Gestapo.
C’est dans ce contexte d’affrontement qu’il écrit Le prix de la grâce, ouvrage qui dénonce ce qu’il appelle la grâce à bon marché : le pardon sans conversion, le baptême sans engagement. Pour Bonhoeffer, la grâce qui sauve exige aussi un don radical ; porter la croix et suivre le Christ coûte la vie elle-même.
Cette conviction le pousse, à partir de 1940, à s’engager dans la résistance contre le régime, avec des contacts étroits avec le cercle qui conspirait pour renverser Hitler. Cette décision pèse sur sa conscience de pasteur formé à la non-violence ; dans des écrits ultérieurs, il reconnaît vivre sous le poids d’une culpabilité responsable, tension entre l’éthique chrétienne et l’urgence d’arrêter le mal.
Fiancé à Maria von Wedemeyer depuis le 13 janvier 1943, il est arrêté par la Gestapo le 5 avril de cette même année, sous l’accusation d’irrégularités de change liées à l’Opération 7, le sauvetage de Juifs vers la Suisse auquel il participait en utilisant sa position au sein de l’Abwehr ; le lien plus direct avec le complot contre Hitler ne sera découvert qu’après 1944. De la prison de Tegel, à Berlin, il écrit des lettres et des réflexions publiées après sa mort sous le titre Résistance et soumission.
Après l’attentat manqué contre Hitler en juillet 1944, des preuves plus directes relient Bonhoeffer au complot. Transféré de prison en prison et de camp en camp, il est condamné sans défense par un tribunal sommaire et pendu à Flossenbürg le 9 avril 1945, quelques jours seulement avant la libération du camp par les Alliés.
La vie de Bonhoeffer demeure une invitation à une foi qui ne se satisfait pas du confort : une Église qui confesse le Christ en paie aussi le prix. Son témoignage continue d’inspirer les chrétiens persécutés et les communautés qui cherchent à vivre l’Évangile en profondeur, non dans le confort.