1834–1904

Missionnaire · Fondateur de missions · Traducteur

François Coillard

Résumé
Missionnaire protestant français qui consacra près de cinq décennies à l'Afrique australe. Après vingt ans au Lesotho, il traversa le désert du Kalahari et ouvrit, avec son épouse Christina, les premières missions chrétiennes chez le peuple lozi, dans l'actuelle Zambie, traduisant cantiques et évangile dans les langues locales.
Portrait
Biographie

Peu de missionnaires du XIXe siècle ont autant parcouru le monde que François Coillard. Près de cinq décennies de sa vie furent consacrées à traverser déserts, rivières et frontières politiques en Afrique australe, souvent sans savoir s’il arriverait vivant au village suivant.

Né en 1834 à Asnières-lès-Bourges, en France, il grandit dans une famille protestante marquée par la mort précoce de son père. Encore jeune, il se porte volontaire pour la Société des missions évangéliques de Paris et est ordonné en 1857, partant peu après pour le Basutoland, aujourd’hui le Lesotho.

À la station de Leribe, il vécut près de vingt ans, confronté à la résistance à la conversion, à la polygamie et à la sorcellerie, ainsi qu’à l’hostilité du chef Molapo, fils du roi Moshoeshoe Ier, qui avait été baptisé avant d’abandonner la foi, un épisode qui résume bien les limites de son travail là-bas.

Marié depuis 1861 à l’Écossaise Christina Mackintosh, il forma avec elle un partenariat de plusieurs décennies. Ensemble, ils écrivirent des cantiques et des textes scolaires en sesotho, dont des vers qui composeraient plus tard l’hymne national du Lesotho.

En 1877, il tenta d’ouvrir une mission chez les Shonas, mais fut fait prisonnier pendant trois mois puis expulsé par le roi ndébélé Lobengula. Ce n’est qu’en 1884 qu’il reprit l’expédition, traversant le désert du Kalahari jusqu’à atteindre le Barotseland, sur le haut Zambèze, où le roi Lewanika l’accueillit en 1886.

Il y fonda les missions de Sefula, Lealui et Sesheke, et publia le récit Sur le Haut-Zambèze. En 1890, il contribua à négocier le traité qui plaça le royaume lozi sous la compagnie britannique de Cecil Rhodes, une décision bien intentionnée qui, dans les faits, facilita l’avancée coloniale sur la région.

Veuf depuis 1891, il poursuivit son travail jusqu’à tomber gravement malade et voir, en 1903, une partie de ses convertis s’éloigner, mécontents du traitement réservé par les missionnaires européens aux Africains. Il mourut de fièvre en 1904, à Lealui, et fut enterré aux côtés de son épouse, à Sefula.

Le parcours de Coillard montre que l’œuvre missionnaire porte, aux côtés d’un engagement sincère, des zones grises et des décisions discutables. Son héritage tient moins à une image parfaite qu’à sa persévérance à traverser des territoires hostiles et à l’avertissement qu’il laisse sur les risques de mêler évangile et pouvoir politique.

Chronologie
1834

Naissance à Asnières-lès-Bourges

Naît en France, benjamin de sept enfants d'une famille protestante ; son père meurt deux ans plus tard.

1854

Entrée à la Société des missions évangéliques de Paris

À vingt ans, il se porte volontaire pour le travail missionnaire et se forme sous la direction du vétéran Eugène Casalis.

1857

Ordination et voyage au Basutoland

Ordonné à Paris, il embarque pour le Cap et est affecté à la station de Leribe, dans l'actuel Lesotho.

1861

Mariage avec Christina Mackintosh

Il se marie au Cap avec l'Écossaise Christina Mackintosh, qui devient sa compagne de mission pendant trois décennies.

1877

Tentative de mission chez les Shonas

Il traverse le fleuve Limpopo, mais est fait prisonnier pendant trois mois puis expulsé par le roi ndébélé Lobengula.

1884-1886

Traversée du Kalahari jusqu'au Barotseland

Il relance l'expédition vers le nord et est accueilli par le roi Lewanika à Lealui.

1890

Concession Lochner

Il aide à négocier le traité qui place le royaume lozi sous la compagnie britannique de Cecil Rhodes.

1891

Mort de Christina Coillard

Son épouse meurt au Barotseland après des décennies de travail commun dans la mission.

1904

Mort à Lealui

Il meurt de fièvre hématurique et est enterré aux côtés de son épouse, à Sefula.

Œuvres et jalons

Un cantique devenu hymne national du Lesotho

1869

Composé avec le missionnaire suisse Adolphe Mabille pour l'usage scolaire, le cantique fut officialisé comme hymne national du Lesotho en 1967.

Station missionnaire de Leribe

1859-1877

Première base de travail au Lesotho, alors Basutoland, où il vécut près de vingt ans, enseignant, traduisant et affrontant la résistance à la conversion.

Traversée du désert du Kalahari

1884-1886

Après avoir été bloqué par Lobengula sur le territoire des Shonas, il conduisit sa famille et ses collaborateurs par un itinéraire alternatif jusqu'au Barotseland.

Missions de Sefula, Lealui et Sesheke

1886-1891

Avec l'autorisation du roi Lewanika, il fonda les premières stations chrétiennes permanentes chez le peuple lozi, sur le haut Zambèze.

Sur le Haut-Zambèze

1889

Livre de lettres et de récits de l'expédition au Barotseland, publié en France comme témoignage du travail missionnaire dans la région.

On the Threshold of Central Africa

1897

Traduction anglaise de l'œuvre de Coillard, réalisée par sa nièce Catherine Winkworth Mackintosh, qui élargit la portée du récit auprès des lecteurs anglophones.

Contributions
1

Pionnier missionnaire en Afrique centrale

Il ouvrit la voie, par voie terrestre et à travers le désert, à une présence chrétienne permanente au Barotseland, région jusque-là isolée du travail missionnaire européen.

2

Témoignage historique et ethnographique

Ses livres et ses lettres devinrent une source de référence sur l'histoire, la langue et les coutumes du peuple lozi à la fin du XIXe siècle.

3

Contribution à l'identité nationale du Lesotho

Le cantique qu'il avait aidé à composer des décennies plus tôt devint plus tard l'hymne national du pays, liant son œuvre à la formation de la nation basotho.

4

Rôle ambigu dans l'expansion coloniale

En aidant à négocier la concession de 1890 avec la compagnie de Cecil Rhodes, il contribua, avec de bonnes intentions mais peu de discernement politique, à l'entrée de la domination coloniale britannique sur le peuple lozi.

5

Éducation et alphabétisation

Il favorisa les écoles et traduisit des cantiques et des textes en sesotho, élargissant l'accès des communautés à la lecture et à l'évangile dans leur propre langue.

Héritage missionnaire

Il ouvrit le Barotseland, aujourd'hui l'ouest de la Zambie, au travail missionnaire protestant, un champ que d'autres sociétés de mission viendraient occuper dans les décennies suivantes.

Il laissa le principe selon lequel l'évangile doit être annoncé dans la langue du peuple, donnant la priorité à la traduction et à l'éducation dès l'arrivée sur un nouveau champ.

Sa détermination à traverser des territoires hostiles pendant des années inspire aujourd'hui des missions pionnières dans des régions difficiles d'accès.

La tension entre son travail évangélistique et son implication dans des intérêts coloniaux a laissé un avertissement permanent sur les limites entre mission et pouvoir politique.

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