James Fraser avait un avenir prometteur comme ingénieur lorsque, encore étudiant à l’Imperial College de Londres, un camarade lui remit un tract qui approfondit son engagement envers la foi chrétienne. À 22 ans, il décida d’abandonner sa carrière pour se consacrer à l’œuvre missionnaire. En 1908, il rejoignit la China Inland Mission, fondée par Hudson Taylor.
Il arriva au Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, en 1910, destiné à évangéliser la population chinoise de la région. Dans les montagnes, il rencontra le peuple lisu, qui vivait isolé sur les versants le long du fleuve Salouen, à la frontière avec la Birmanie. Il se mit à voyager à pied et à cheval entre les villages, apprenant la langue et partageant le quotidien simple de ce peuple.
Les premières années furent marquées par la solitude et peu de résultats. Entre 1912 et 1914 environ, Fraser traversa une période de profond découragement et de doute quant à sa propre vocation. Ses biographes rapportent que, dans cette phase la plus dure, il fut même assailli par des pensées suicidaires, ne trouvant l’apaisement qu’en se raffermissant dans la prière et la foi.
Le 12 janvier 1915, alors qu’il priait pour la conversion de familles lisu, il eut la conviction que la réponse avait déjà été donnée et qu’il ne restait plus qu’à y croire. Il appela cet épisode la prière de foi et se mit à demander à ses amis de Grande-Bretagne de prier avec la même conviction précise. En quelques mois, le nombre de familles se tournant vers la foi chrétienne commença à croître.
Entre 1916 et 1918, le mouvement se répandit à l’initiative des lisu convertis eux-mêmes, atteignant environ six cents baptêmes. Fraser se consacra alors à la tâche de donner à la langue lisu, jusque-là sans écriture, un système d’écriture. Il révisa et perfectionna, avec des collègues de la mission, un alphabet issu du travail du prédicateur karen Sara Ba Thaw.
Avec cet alphabet, aujourd’hui connu sous le nom d’alphabet Fraser, commença la traduction du Nouveau Testament en lisu. Avec l’aide des missionnaires Allyn et Leila Cooke, la traduction fut achevée en 1936, mais les premiers exemplaires imprimés n’arrivèrent dans les villages lisu qu’en 1939, un an après sa mort. La Bible complète en lisu, avec l’Ancien Testament, ne serait publiée qu’en 1968. En 1929, il épousa Roxie Dymond, fille d’un missionnaire méthodiste installé à Kunming, avec qui il eut trois filles. Il continua à parcourir les montagnes même après avoir pris des fonctions de direction au sein de la mission.
Il mourut à Baoshan, au Yunnan, le 25 septembre 1938, d’un paludisme cérébral, à l’âge de 52 ans, laissant son épouse enceinte de leur troisième fille. Il ne vit jamais de ses propres yeux toute l’ampleur du mouvement qu’il avait contribué à lancer parmi les lisu. Des décennies plus tard, la majeure partie de ce peuple en Chine deviendrait chrétienne.
La vie de Fraser montre que la fidélité sur des terrains difficiles précède souvent les résultats visibles, et ne les suit pas. Son insistance à demander une prière spécifique et persévérante pour des avancées spirituelles dans des régions isolées continue d’inspirer des réseaux d’intercession missionnaire jusqu’à aujourd’hui.