Toute mission de long terme dépend de quelqu’un qui soutient la routine pendant que le monde autour change. Mary Moffat fut cette personne à Kuruman, dans l’intérieur de l’Afrique australe, pendant près de cinq décennies. Son histoire rappelle que l’évangile avance autant par la prédication que par le soin patient du quotidien.
Née en 1795 à Dukinfield, en Angleterre, fille du pépiniériste James Smith, Mary grandit dans un foyer de foi rigoureuse. Elle rencontra Robert Moffat en 1816, quand celui-ci vint travailler comme jardinier sur la propriété de la famille.
Les parents de Mary n’acceptèrent les fiançailles qu’après plus de deux ans de résistance, inquiets des récits de difficultés rencontrées par les missionnaires en Afrique. En 1819, elle voyagea seule jusqu’au Cap et épousa Robert le 27 décembre de cette même année.
Le couple s’établit en 1824 à la station de Kuruman, où il passerait la majeure partie de sa vie. Les premières années furent marquées par un travail dur et peu de résultats visibles : près de cinq ans s’écoulèrent sans un seul baptême parmi le peuple tswana.
Pendant que Robert voyageait durant des mois lors d’expéditions évangélistes et de travail de traduction de la Bible, Mary gérait la maison, le potager et la station elle-même. Elle enseignait la couture et les travaux domestiques aux femmes tswanas, selon les coutumes de son époque, une pratique que les historiens reconnaissent aujourd’hui comme faisant aussi partie du paternalisme culturel typique des missions du dix-neuvième siècle.
La famille connut des pertes douloureuses, comme la mort d’un fils nouveau-né en 1825. Cette même année, Mary apprit qu’un bébé de cinq semaines, orpheline de mère, allait être laissée sous des pierres sur une colline voisine, selon une coutume locale pour les enfants dans cette situation. Elle se rendit sur place, retira les pierres et recueillit la petite fille, qu’elle éleva sous le nom de Sarah Roby. Les historiens notent que, malgré l’adoption, Sarah grandit en occupant un rôle de domestique dans la maison des Moffat, reflet du même paternalisme de l’époque. En 1845, la fille aînée du couple, Mary, épousa le médecin et explorateur David Livingstone.
Le soutien patient que Mary apporta à la routine de Kuruman contribua à rendre possible le temps que Robert consacra à la traduction de la Bible complète en setswana, achevée en 1857, la première Bible entière traduite dans une langue d’Afrique australe.
En 1870, déjà âgés, les Moffat quittèrent l’Afrique après près de 50 ans de service. Mary mourut quelques mois plus tard, le 9 janvier 1871, à Brixton, Londres. Sa vie témoigne que soutenir un foyer et une mission, avec une fidélité silencieuse, est aussi une vocation pour le Royaume.