1740–1826

Pasteur · Éducateur · Réformateur social

Jean-Frédéric Oberlin

Résumé
Pasteur luthérien français qui passa cinquante-neuf ans dans une seule paroisse pauvre des Vosges, le Ban de la Roche. Il transforma la vie matérielle et spirituelle de la région grâce à des routes, des écoles, une caisse d'épargne populaire et les poêles à tricoter, des salles d'accueil qui annoncèrent l'école maternelle moderne.
Portrait
Biographie

Dans bien des endroits du monde, il existe encore ce village trop pauvre pour attirer des visites, trop isolé pour mériter de l’attention. Il est facile de penser qu’on n’y peut pas faire grand-chose. L’histoire de Jean-Frédéric Oberlin montre le contraire : un pasteur qui passa toute sa vie dans une seule paroisse de paysans misérables et la transforma de l’intérieur.

Né à Strasbourg le 31 août 1740, fils d’un professeur du gymnase protestant de la ville, Oberlin étudia la théologie, la philosophie et les sciences naturelles à l’université de Strasbourg. Il obtint son baccalauréat en 1758, sa maîtrise en 1763 et soutint sa thèse de théologie en juin 1767.

Cette même année, il prit la charge de la paroisse luthérienne de Waldersbach, dans le Ban de la Roche, région isolée et misérable des Vosges. Il succédait au pasteur Jean-Georges Stuber, qui avait déjà entrepris de petites réformes. Oberlin y resterait cinquante-neuf ans, jusqu’à sa mort.

Il épousa en 1768 Madeleine Salomé Witter, avec qui il eut neuf enfants. À ses côtés, il forma de jeunes « conductrices de la tendre enfance », chargées de s’occuper des petits enfants pendant que les parents travaillaient. À partir de 1769, ce soin prit forme dans les poêles à tricoter, des salles chauffées aujourd’hui reconnues comme les précurseurs de l’école maternelle.

Son action pastorale ne séparait pas l’âme et le corps. Il ouvrit des routes et construisit des ponts aux côtés des paysans, fonda une société agricole en 1778, créa une caisse de prêt et d’épargne en 1782 et monta une bibliothèque circulante, l’une des plus anciennes bibliothèques populaires d’Europe.

Sa foi, cependant, ne fut pas exempte d’excès : après la mort de Salomé en 1783, Oberlin rapporta des expériences visionnaires et se rapprocha du mysticisme du Suédois Emanuel Swedenborg, mêlant rationalisme et occultisme dans ses propres prédications. Et, en s’employant à remplacer le patois welche local par le français dans les écoles, au nom du progrès, il contribua à effacer une partie de la culture vernaculaire de la communauté qu’il servait.

Pendant la Terreur révolutionnaire, il fut interdit d’enseigner et d’exercer le ministère pastoral, et fut même emprisonné trois jours à Sélestat, fin juillet 1794, avant d’être libéré peu après la chute de Robespierre.

Déjà âgé, il reçut la médaille d’or de la Société centrale d’agriculture de France en 1818 et la Légion d’honneur en 1819, avant de mourir à Waldersbach le 1er juin 1826.

Une ville et une université aux États-Unis portent aujourd’hui son nom, mais son héritage le plus durable est ailleurs : montrer qu’un soin pastoral fidèle, soutenu pendant des décennies dans un seul lieu pauvre, peut relever toute une communauté, corps et âme, sans jamais attendre de reconnaissance.

Chronologie
1740

Naissance à Strasbourg

Fils d'un professeur du gymnase protestant de la ville.

1758-1767

Formation théologique à Strasbourg

Baccalauréat en 1758, maîtrise de philosophie en 1763 et thèse de théologie soutenue en juin 1767.

1767

Prend la charge de la paroisse de Waldersbach

Succède au pasteur Jean-Georges Stuber à la tête des cinq villages pauvres du Ban de la Roche, dans les Vosges.

1768

Mariage avec Madeleine Salomé Witter

Le couple aura neuf enfants.

1769

Premières écoles infantiles

Étend à toute la paroisse le soin des petits enfants dans les poêles à tricoter.

1778

Fondation de la société agricole

Crée la société agricole locale pour diffuser des techniques modernes de culture.

1782

Création de la caisse de prêt et d'épargne

Fonds populaire de crédit pour sortir les habitants de l'endettement chronique.

1783

Mort de Salomé

Après la perte de son épouse, il rapporte des expériences visionnaires et se rapproche du mysticisme d'Emanuel Swedenborg.

1794

Persécuté pendant la Terreur révolutionnaire

Interdit d'enseigner et d'exercer le ministère ; passe trois jours emprisonné à Sélestat, fin juillet, et est libéré peu après la chute de Robespierre.

1826

Mort à Waldersbach

Achève cinquante-neuf ans de ministère dans la même paroisse ; est inhumé à Fouday.

Œuvres et jalons

Reconstruction des routes et des ponts du Ban de la Roche

à partir de 1767

Aux côtés des paysans eux-mêmes, il ouvrit des voies et éleva des ponts qui relièrent les cinq villages isolés de la paroisse au reste de la région.

Société agricole du Ban de la Roche

1778

Il fonda une société locale pour diffuser des techniques modernes de culture, de nouvelles cultures et l'élevage du bétail parmi les paysans.

Poêles à tricoter (petites écoles enfantines)

1769

Il créa des salles chauffées où les petits enfants étaient accueillis et instruits par de jeunes conductrices pendant que les parents travaillaient, précurseurs de l'école maternelle.

Caisse de prêt et d'épargne populaire

1782

Il institua un fonds de crédit pour les habitants les plus pauvres, aidant la région à sortir d'un cycle d'endettement et de misère.

Bibliothèque circulante du Ban de la Roche

décennies 1770-1780

Il monta l'une des plus anciennes bibliothèques populaires connues d'Europe, avec des centaines de volumes prêtés aux habitants.

Reconstruction des écoles paroissiales

1767-années 1780

Il releva et agrandit les écoles des cinq villages de la paroisse, produisant des cartes, des collections d'histoire naturelle et son propre matériel pédagogique.

Reconnaissance officielle pour son œuvre sociale

1818-1819

Il reçut la médaille d'or de la Société centrale d'agriculture de France et, l'année suivante, fut nommé chevalier de la Légion d'honneur par Louis XVIII.

Contributions
1

Pionnier de l'éducation infantile

Les poêles à tricoter, salles d'accueil pour les jeunes enfants, sont reconnues comme l'une des origines de l'école maternelle moderne en Europe.

2

Développement agricole et économique

La société agricole, la caisse de prêts et les nouvelles techniques de culture firent passer une région de la misère chronique à une économie plus stable.

3

Infrastructure et accès à la lecture

Des routes, des ponts et l'une des plus anciennes bibliothèques populaires d'Europe relièrent et instruisirent une communauté auparavant isolée.

4

Ambiguïté civilisatrice

Sa campagne pour remplacer le patois welche local par le français dans les écoles, menée au nom du progrès, contribua aussi à effacer une partie de la culture vernaculaire de la communauté qu'il servait.

Héritage missionnaire

Il unit l'évangile, l'éducation et le développement économique en une seule vocation pastorale, un modèle aujourd'hui rappelé comme mission intégrale, corps et âme réunis.

Ses salles d'accueil pour la petite enfance anticipent les ministères chrétiens actuels consacrés au soin des jeunes enfants dans des communautés vulnérables.

Ses cinquante-neuf ans dans une seule paroisse pauvre sont cités en exemple de fidélité missionnaire de long terme, plutôt que de passages rapides dans un lieu.

Sa caisse de prêts entre les pauvres est rappelée comme précurseur d'initiatives chrétiennes d'épargne et de microcrédit communautaire dans les missions actuelles.

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