1886-1968

Théologien · Pasteur

Karl Barth

Résumé
Théologien réformé suisse, considéré comme l'une des figures les plus influentes du protestantisme au XXe siècle. Principal auteur de la Déclaration de Barmen, il mena la résistance théologique au nazisme et défendit l'exclusivité de la seigneurie du Christ sur l'Église et l'État.
Portrait
Biographie

Karl Barth naquit à Bâle, en Suisse, le 10 mai 1886, fils d’un professeur de théologie réformée. Il étudia la théologie en Suisse et en Allemagne, à Berne, Berlin, Tübingen et Marbourg, sous des maîtres de la théologie libérale protestante alors dominante en Europe.

Jeune pasteur à Safenwil, entre 1911 et 1921, il vit cette théologie libérale échouer face à la Première Guerre mondiale : des professeurs qu’il admirait signèrent des manifestes de soutien au Kaiser. Cette crise le poussa à relire les lettres de Paul avec un regard entièrement nouveau.

Le résultat fut le commentaire L’Épître aux Romains, publié en 1919 et presque entièrement réécrit en 1922. Barth y rompait avec la théologie libérale et affirmait la distance radicale entre Dieu et l’être humain, surmontée uniquement en Jésus-Christ.

Il devint professeur à Göttingen, Münster puis Bonn. En 1934, il rédigea presque seul la Déclaration théologique de Barmen, document de l’Église confessante qui rejetait la soumission de la foi chrétienne à l’idéologie nazie et affirmait Jésus-Christ comme l’unique Parole de Dieu à écouter et à obéir.

En 1935, il refusa de jurer une fidélité inconditionnelle à Hitler et perdit sa chaire à Bonn. Il retourna à Bâle, où il enseigna jusqu’à sa retraite, en 1962, et y écrivit l’essentiel de sa monumentale Dogmatique ecclésiastique, œuvre qu’il laissa inachevée.

Sa vie personnelle connut aussi des zones d’ombre. Pendant des décennies, il entretint une relation affective avec son assistante Charlotte von Kirschbaum, qui vécut dans la maison familiale, aux côtés de son épouse, Nelly, avec qui il eut cinq enfants. Il qualifia cet arrangement de solution la moins imparfaite, sans jamais le résoudre.

Après la guerre, la fermeté avec laquelle il s’était opposé au nazisme ne se répéta pas face au communisme soviétique. Il refusa de condamner publiquement la répression de la révolte hongroise de 1956, attitude qui lui valut des critiques jusque de proches alliés, comme le théologien Reinhold Niebuhr.

Malgré cela, son héritage demeure vivant. Son insistance sur le fait que l’Église n’a qu’un seul Seigneur, et que cette seigneurie ne se négocie avec aucun pouvoir humain, continue d’inspirer théologiens, pasteurs et mouvements chrétiens dans le monde entier.

“Prenez votre Bible et prenez votre journal, et lisez les deux, mais interprétez le journal à partir de votre Bible.”
Karl Barth · Propos de Barth rapportés par le magazine Time, le 31 mai 1963
Chronologie
1886

Naissance à Bâle

Naît le 10 mai, fils d'un professeur de théologie réformée.

1911

Devient pasteur à Safenwil

Prend en charge la paroisse réformée du canton d'Argovie, où il restera jusqu'en 1921.

1919

Publie la 1re édition de L'Épître aux Romains

Ce commentaire marque sa première rupture avec la théologie libérale.

1922

Publie la 2e édition, réécrite, de L'Épître aux Romains

Version qui consolide ce qu'on appelle la théologie dialectique.

1934

Rédige la Déclaration théologique de Barmen

Document fondateur de la résistance de l'Église confessante au nazisme.

1935

Est expulsé d'Allemagne et prend une chaire à Bâle

Refuse de jurer une fidélité inconditionnelle à Hitler et perd son poste à Bonn.

1946

Donne les conférences à l'origine d'Esquisse d'une dogmatique

Parle sans notes au milieu des ruines de l'université de Bonn, après-guerre.

1968

Mort à Bâle

Meurt le 10 décembre, laissant la Dogmatique ecclésiastique inachevée.

Œuvres et jalons

L'Épître aux Romains

1919, 2e éd. 1922

Commentaire qui rompit avec la théologie libérale protestante et replaça la théologie de la révélation au centre du débat chrétien du XXe siècle.

Déclaration théologique de Barmen

1934

Texte qu'il rédigea presque seul pour l'Église confessante, affirmant Jésus-Christ comme l'unique Parole de Dieu contre l'idéologie nazie.

Dogmatique ecclésiastique

1932-1967

Son œuvre majeure, un système théologique en plusieurs volumes qui occupa le reste de sa vie et resta inachevé.

Esquisse d'une dogmatique

1946

Série de conférences données sans notes dans les décombres de l'université de Bonn, après-guerre, devenue un résumé accessible de sa théologie.

Chaire de théologie systématique à Bâle

1935-1962

Après avoir été expulsé d'Allemagne, il occupa cette chaire jusqu'à sa retraite, y consolidant l'essentiel de son œuvre.

Contributions
1

Rupture avec la théologie libérale

Il réintroduisit la transcendance de Dieu et l'autorité de la révélation biblique au centre de la théologie protestante du XXe siècle.

2

Résistance théologique au totalitarisme

La Déclaration de Barmen devint une référence pour les chrétiens confrontés à des États exigeant une loyauté supérieure au Christ.

3

Systématisation de la théologie réformée

La Dogmatique ecclésiastique dialogua avec la modernité et influença des générations de théologiens catholiques et protestants.

4

Formation de théologiens

Professeur dans quatre universités allemandes et suisses, il forma des penseurs qui diffusèrent sa théologie à travers le monde.

Héritage missionnaire

L'affirmation selon laquelle le Christ, et non l'État ou la culture, est l'unique Seigneur de l'Église continue de soutenir les chrétiens confrontés à des régimes hostiles à l'Évangile dans plusieurs régions du monde.

La Déclaration de Barmen est encore étudiée aujourd'hui par des Églises persécutées comme modèle de résistance pacifique fondée sur la fidélité confessionnelle.

Son insistance sur la Parole de Dieu révélée en Christ, et non sur des idéologies humaines, renforce la prédication centrée sur l'Évangile dans des contextes de pression politique.

La Dogmatique ecclésiastique continue de former pasteurs et missionnaires dans des séminaires à travers le monde, des décennies après sa mort.

Autres personnes