Il existe un genre de courage qui ne se manifeste pas dans les grands discours, mais dans l’instant ordinaire où tout le monde se courbe et où quelqu’un, seul, reste debout. Il est facile d’admirer des héros à distance, il est bien plus difficile d’être le seul à ne pas s’agenouiller quand s’agenouiller garantirait sa propre sécurité.
Mardochée était un Juif exilé, descendant d’une famille emmenée de Jérusalem à Babylone, vivant désormais sous la domination perse à Suse. Il éleva comme sa fille sa cousine Hadassa, connue sous le nom d’Esther, orpheline de père et de mère. Quand elle fut emmenée au palais et choisie comme reine, Mardochée resta à proximité, assis à la porte du roi.
C’est là qu’il découvrit un complot contre la vie du roi Xerxès et le dénonça par l’intermédiaire d’Esther, sauvant ainsi le monarque. Peu après, quand l’officier Haman fut promu et exigea que tous se prosternent devant lui, Mardochée refusa. Non par entêtement vain, mais parce que sa foi ne se pliait devant aucun homme.
Ce refus lui coûta presque tout. Haman, furieux, obtint du roi un décret pour exterminer tous les Juifs de l’empire. Mardochée se revêtit d’habits de deuil et envoya à Esther la phrase qui allait marquer l’histoire : qui sait si elle n’était pas parvenue à la position de reine justement pour un moment comme celui-là.
Esther risqua sa vie devant le roi. Haman fut démasqué et exécuté sur la potence même qu’il avait préparée pour Mardochée, et l’ancien exilé assis à la porte devint le deuxième homme le plus puissant de Perse, utilisant son pouvoir pour le bien de son peuple.
L’histoire de Mardochée ne comporte ni visions ni miracles, seulement un homme fidèle dans de petites charges, attentif aux détails, prêt à tout risquer quand l’heure est venue. C’est le portrait de la façon dont Dieu tisse la délivrance à travers des décisions quotidiennes d’intégrité, bien avant que le dénouement n’apparaisse.