Peut-être avez-vous déjà vécu cela : une période de succès si constante que, sans vous en rendre compte, vous en venez à croire que le mérite vous revient tout entier. La vie d’Ozias, roi de Juda, est l’une des histoires les plus directes de la Bible sur ce danger.
Ozias avait seize ans lorsqu’il monta sur le trône, succédant à son père Amatsia (2 Chroniques 26:1). Dans sa jeunesse, il eut à ses côtés Zacharie, qui l’instruisit dans la crainte de Dieu, et tant qu’il rechercha l’Éternel, Dieu lui accorda le succès en tout ce qu’il entreprenait (2 Chroniques 26:5).
Sous sa conduite, Juda connut des décennies d’une rare prospérité : il vainquit les Philistins, fortifia Jérusalem de tours et d’engins de guerre, et organisa une armée de plus de trois cent mille hommes (2 Chroniques 26:6,9,15). Il aimait tant la terre qu’il creusa des citernes et prit soin de troupeaux et de cultures, et sa renommée parvint jusqu’en Égypte (2 Chroniques 26:8,10).
Mais le texte sacré ne cache pas ce qui suivit : « après qu’Ozias fut devenu puissant, son cœur s’éleva jusqu’à causer sa perte » (2 Chroniques 26:16). Ozias entra dans le temple pour brûler du parfum sur l’autel, une fonction réservée exclusivement aux prêtres.
Azaria, le prêtre, et quatre-vingts autres prêtres courageux le confrontèrent à l’intérieur du sanctuaire. Au lieu de reculer, Ozias réagit avec colère, l’encensoir à la main, et c’est là même, devant eux, que la lèpre apparut sur son front (2 Chroniques 26:19,20).
Il vécut isolé dans une maison à part pour le reste de sa vie, banni du temple qu’il aimait tant, tandis que son fils Jotam gouvernait à sa place (2 Rois 15:5). C’est l’année de sa mort que le jeune Ésaïe eut la vision qui allait changer sa vie, il vit le Seigneur assis sur un trône élevé et exalté (Ésaïe 6:1).
L’histoire d’Ozias ne condamne pas le succès, elle condamne l’oubli de celui qui l’a produit. Il rechercha Dieu, prospéra, bâtit un royaume puissant, puis oublia qui l’avait rendu puissant.
Combien d’entre nous ont déjà échangé des limites saines contre un instant d’orgueil au sommet d’une réussite ? La chute d’Ozias rappelle qu’aucune prospérité ne dispense de l’humilité devant Dieu, et que le même Seigneur qui donne la force établit aussi des limites qui protègent ceux qui les respectent.