Philippe Melanchthon fut décrit par ses contemporains comme un homme timide et épris de paix, davantage porté vers l’étude silencieuse que vers les foules. À 21 ans, il occupa la chaire de grec à Wittenberg et surprit tout le monde par une érudition qui dépassait son âge.
Il naquit le 16 février 1497 à Bretten, dans le Palatinat. Il perdit son père à 11 ans et fut formé par son grand-oncle maternel, l’humaniste Johannes Reuchlin, qui lui donna le nom grec de Melanchthon, traduction savante de son nom de famille d’origine, Schwarzerdt.
En 1518, il arriva à Wittenberg comme professeur de grec et devint bientôt un ami proche et un collaborateur de Martin Luther. Tandis que Luther prêchait avec ferveur aux foules, Melanchthon organisait les idées de la Réforme en système, tâche pour laquelle son esprit méthodique était particulièrement adapté.
En 1521, il publia les Loci Communes, le premier traité systématique de la théologie luthérienne, mettant en ordre des thèmes tels que le péché, la loi, la grâce et la justification par la foi. L’ouvrage devint une référence pour des générations de prédicateurs réformés et connut de nombreuses révisions tout au long de la vie de l’auteur.
En 1530, à la Diète d’Augsbourg, il rédigea la Confession qui présenterait la foi luthérienne à l’empereur Charles Quint. Le document recherchait la conciliation, et non la rupture, et demeure aujourd’hui encore la confession de foi fondamentale des Églises luthériennes à travers le monde.
Tout ne fut pas exemplaire dans son parcours. En 1540, aux côtés de Luther, il donna un avis secret favorable au mariage bigame du prince Philippe de Hesse, un épisode qui devint public, provoqua un grand scandale et le laissa gravement malade. Des années plus tard, son soutien à l’Intérim de Leipzig, un accord de concessions avec l’empereur après la mort de Luther, divisa le luthéranisme entre ses partisans et les gnésio-luthériens.
Parallèlement aux disputes théologiques, il réorganisa l’enseignement en Allemagne : il élabora des programmes, réforma des universités et écrivit des manuels qui formèrent des générations d’étudiants. Grâce à cette œuvre, il fut connu de son vivant sous le nom de Praeceptor Germaniae, le maître de l’Allemagne.
Il mourut le 19 avril 1560 à Wittenberg et fut enterré aux côtés de Luther dans l’église du Château. Son héritage demeure vivant partout où l’éducation chrétienne et la doctrine bien ordonnée servent la prédication de l’évangile à travers le monde.