1782-1834

Missionnaire · Traducteur · Lexicographe

Robert Morrison

Résumé
Premier missionnaire protestant à arriver en Chine, en 1807. Il traduisit toute la Bible en chinois et compila le premier grand dictionnaire anglo-chinois, un jalon qui ouvrit la voie à des générations de missionnaires et à la croissance de l'Église chinoise.
Portrait
Biographie

Apprendre le chinois auprès d’un étranger était un crime capital dans la Chine du début du XIXe siècle, mais c’est cette langue interdite qu’un jeune Anglais décida d’étudier à Londres, avec l’aide d’un tuteur cantonais, des années avant de fouler le sol chinois. Robert Morrison croyait que cela valait la peine de tout risquer pour un peuple qui n’avait pas encore la Bible dans sa propre langue.

Né en 1782 à Bullers Green, dans le nord de l’Angleterre, il était fils d’un paysan écossais devenu ensuite fabricant de chaussures, et grandit dans un foyer pieux. À l’adolescence, il s’éloigna un temps de la foi et sombra dans l’excès de boisson, une période qu’il regretta lui-même plus tard. Il se convertit vers l’âge de 16 ans et, en entendant parler du manque de missionnaires protestants en Asie, ressentit l’appel à partir pour la Chine, alors presque entièrement fermée à l’évangile.

En 1807, envoyé par la London Missionary Society, il embarqua pour Macao, devenant le premier missionnaire protestant à arriver en Chine. L’hostilité des autorités catholiques locales, qui allèrent jusqu’à brûler des exemplaires de sa traduction de l’Évangile de Luc, et l’interdiction chinoise d’enseigner la langue aux étrangers, le forcèrent à poursuivre son apprentissage et sa traduction presque en secret.

Pour rester légalement dans le pays, il accepta le poste de traducteur de la Compagnie britannique des Indes orientales, entité qui tirait aussi profit du commerce de l’opium, une pratique qu’il condamnait lui-même comme un mal moral. Cette tension entre subsistance et conviction l’accompagna tout au long de sa vie en Chine.

Il acheva la traduction du Nouveau Testament en chinois en 1813 et, avec son collègue William Milne, termina la traduction de la Bible complète en 1819. Il produisit aussi la première grammaire et le premier grand dictionnaire de la langue chinoise à l’usage des Occidentaux, ouvrage de référence pendant des générations. Sa traduction de la Bible avait toutefois un style formel, pas toujours naturel pour le lecteur chinois ordinaire, et fut finalement révisée et dépassée par des versions ultérieures, des décennies plus tard.

En 1814, après sept ans de travail sans aucun fruit visible, il baptisa Cai Gao, son premier converti chinois. Au terme de 27 années de mission, il n’avait baptisé qu’une dizaine de personnes, un nombre qui rappelle aujourd’hui que la fidélité ne va pas toujours de pair avec des résultats rapides.

En 1818, il fonda avec Milne l’Anglo-Chinese College, à Malacca, pour former des traducteurs et des ouvriers capables de relier la Chine au reste du monde chrétien. Il mourut à Canton en 1834, à 52 ans, épuisé par le travail et par une fièvre, sans voir l’Église chinoise s’épanouir comme elle le ferait plus tard.

Son dictionnaire et sa Bible ouvrirent la voie aux missionnaires qui vinrent après lui, dont Hudson Taylor. Aujourd’hui, l’Église chinoise est l’une des plus grandes du monde, fruit de semences plantées par ceux qui, comme Morrison, firent confiance à Dieu plus qu’aux résultats immédiats.

“Non, monsieur, mais j'espère que Dieu le fera.”
Robert Morrison · Réponse à quelqu'un qui doutait qu'il puisse ébranler l'idolâtrie de l'empire chinois, à bord du navire en route pour la Chine ; citée dans Ruth A. Tucker, From Jerusalem to Irian Jaya, Zondervan, 1983, p. 167
Chronologie
1782

Naissance

Il naît à Bullers Green, près de Morpeth, dans le nord de l'Angleterre.

1807

Part pour la Chine

Envoyé par la London Missionary Society, il arrive à Macao en septembre, devenant le premier missionnaire protestant en Chine.

1809

Mariage et poste à la Compagnie des Indes orientales

Il épouse Mary Morton et devient traducteur de la compagnie, ce qui lui assure une résidence légale dans le pays.

1813

Achève le Nouveau Testament en chinois

Il termine la première traduction protestante du Nouveau Testament en langue chinoise.

1814

Baptise le premier converti

Il baptise Cai Gao, après sept ans de travail sans fruit visible.

1818

Fonde l'Anglo-Chinese College

Avec William Milne, il crée l'école à Malacca pour former des traducteurs et des ouvriers chrétiens.

1819

Bible complète en chinois

Il termine, avec Milne, la traduction complète de la Bible en chinois.

1821

Mort de Mary Morton

Sa première épouse meurt à Macao.

1834

Mort à Canton

Il meurt à 52 ans, épuisé par le travail et par une fièvre ; il est enterré aux côtés de Mary, au cimetière protestant de Macao.

Œuvres et jalons

Grammaire de la langue chinoise

1815

L'une des premières grammaires du chinois écrites pour le public occidental, un outil essentiel pour les missionnaires qui vinrent après lui.

Dictionnaire de la langue chinoise, en trois parties

1815-1823

Premier grand dictionnaire anglo-chinois, ouvrage en six volumes devenu une référence pour les sinologues et les missionnaires.

Traduction du Nouveau Testament en chinois

1813

Il acheva seul la première traduction protestante du Nouveau Testament en langue chinoise.

Bible complète en chinois

1819

Avec William Milne, il termina la première traduction complète de la Bible en chinois.

Baptême de Cai Gao

1814

Il baptisa son premier converti chinois après sept ans de travail sans aucun fruit visible.

Fondation de l'Anglo-Chinese College

1818

Il fonda avec William Milne, à Malacca, une école pour former des traducteurs et des ouvriers chrétiens chinois.

Contributions
1

Pionnier de la sinologie

Sa grammaire et son dictionnaire de la langue chinoise devinrent une référence pour des générations d'érudits et de missionnaires occidentaux qui devaient apprendre la langue.

2

Première Bible complète en chinois

Avec William Milne, il produisit la première traduction complète de la Bible en chinois, base de versions ultérieures encore utilisées aujourd'hui.

3

Formation d'ouvriers locaux

L'Anglo-Chinese College, fondé à Malacca, forma des traducteurs, des enseignants et des chrétiens chinois qui relièrent l'Orient au reste du monde chrétien.

4

Ouverture d'un champ fermé

Malgré l'interdiction chinoise d'enseigner la langue et l'hostilité d'autres étrangers, il poursuivit son travail de traduction pendant 27 ans, rendant la Chine accessible aux missions futures.

Héritage missionnaire

Il est considéré comme le « père de la littérature anglo-chinoise » et l'un des pionniers des missions protestantes modernes en Asie.

Sa méthode consistant à apprendre en profondeur la langue et la culture avant de prêcher est devenue une référence pour les missions transculturelles jusqu'à aujourd'hui.

La Bible et le dictionnaire qu'il produisit préparèrent le terrain pour des générations de missionnaires en Chine, dont Hudson Taylor.

Son histoire rappelle que la fidélité dans un champ fermé et résistant a de la valeur même quand le fruit visible est petit.

Autres personnes