Peu de personnes dans l’histoire ont dû affronter autant d’obstacles pour se faire entendre qu’une femme noire, analphabète, née esclave. Pourtant, Sojourner Truth est montée sur des chaires et des tribunes dans tous les États-Unis, prêchant qu’en Christ il n’y a pas de place pour la déshumanisation de l’autre.
Née vers 1797 dans le comté d’Ulster, dans l’État de New York, elle reçut le nom d’Isabella Baumfree. Le néerlandais était sa langue maternelle, et elle fut vendue alors qu’elle était encore enfant, séparée de sa famille, passant entre les mains de différents maîtres jusqu’à être achetée par John Dumont en 1810.
En 1826, voyant que son maître ne tiendrait pas sa promesse d’affranchissement anticipé, elle s’enfuit avec sa petite fille Sophia. Deux ans plus tard, elle poursuivit en justice l’acheteur qui avait vendu illégalement son fils Peter en Alabama, et elle gagna, devenant la première femme noire à l’emporter sur un homme blanc devant un tribunal américain.
Vers 1827, elle vécut une expérience qu’elle décrivit comme une rencontre avec Jésus, se sentant enveloppée par la présence de Dieu partout. Dès lors, elle trouva refuge auprès d’Isaac et Maria Van Wagenen, un couple opposé à l’esclavage qui paya pour sa liberté jusqu’à la date légale de son affranchissement, et elle commença à réorganiser sa vie autour de la foi.
Les années suivantes, elle vécut à New York et s’impliqua, comme domestique, dans un groupe religieux dirigé par un prophète autoproclamé nommé Matthias. Lorsque l’un des dirigeants de ce groupe mourut dans des circonstances suspectes, elle fut jugée pour implication dans cette mort, avant d’être acquittée par le jury faute de preuves. Cet épisode révèle sa vulnérabilité dans une phase encore incertaine de sa quête spirituelle.
En 1843, elle quitta la ville et adopta le nom de Sojourner Truth, pèlerine de la vérité, devenant prédicatrice itinérante. À cette époque, elle se rapprocha du mouvement millérite, qui annonçait le retour du Christ dès cette année-là. La prophétie ne se réalisa pas, et elle vint vivre au sein de la Northampton Association, une communauté utopique du Massachusetts. Elle dicta son autobiographie, publiée en 1850, et prit la parole à la convention des droits des femmes d’Akron, en 1851, unissant le combat contre l’esclavage à la défense des femmes.
Pendant la guerre de Sécession, elle aida à recruter des soldats noirs et soutint les affranchis réfugiés à Washington. Après le conflit, elle lutta, sans succès, pour obtenir des lots de terre pour les anciens esclaves. En 1865, elle fut agressée par un receveur qui tenta de l’expulser de force d’un tramway à Washington, se blessant au bras. Elle poursuivit la compagnie en justice et gagna, contribuant à faire respecter la loi qui prévoyait déjà la déségrégation des tramways de la capitale. Elle mourut en 1883, à Battle Creek, dans le Michigan, à l’âge de 86 ans.
Son parcours rappelle que l’Évangile, pris au sérieux, ne sépare pas la conversion personnelle du combat pour la dignité du prochain. Sojourner Truth a uni identité chrétienne et engagement public d’une manière qui interpelle encore les Églises et les missions à servir les plus vulnérables.