1484-1531

Réformateur · Théologien

Ulrich Zwingli

Résumé
Réformateur suisse qui dirigea la Réforme à Zurich, défendant l'autorité suprême des Écritures et la prédication expositive continue. Fondateur de la tradition réformée, il mourut au combat en défendant la ville contre les forces catholiques, en 1531.
Portrait
Biographie

Peu de pasteurs ont marqué aussi profondément la manière dont les Églises protestantes prêchent aujourd’hui qu’Ulrich Zwingli. Avant lui, la prédication suivait un calendrier fixe de lectures liturgiques. Il décida de prêcher livre par livre, chapitre par chapitre, et ce choix simple changea la Réforme en Suisse.

Né le 1er janvier 1484 à Wildhaus, dans les Alpes suisses, il était fils d’une famille de paysans. Il étudia à Bâle et à Vienne, où il fut en contact avec les idées humanistes d’Érasme de Rotterdam. Il fut ordonné prêtre à Constance en 1506.

Il servit comme pasteur à Glaris et à Einsiedeln avant de prendre, en 1519, la chaire de l’église du Grossmünster, à Zurich. Il y abandonna le lectionnaire traditionnel et se mit à prêcher l’Évangile de Matthieu verset par verset, une pratique connue depuis comme la prédication expositive continue.

En 1523, il défendit publiquement soixante-sept articles devant le conseil de la ville, affirmant que seule l’Écriture, et non la tradition de l’Église, devait régir la foi et le culte. Le conseil trancha en sa faveur, et Zurich rompit formellement avec Rome.

Zwingli simplifia la liturgie, abolit les images et la musique instrumentale dans les temples et redéfinit la Cène comme mémorial de la mort du Christ, et non comme sacrifice répété. Cette lecture le mit en collision avec Martin Luther : au Colloque de Marbourg, en 1529, les deux hommes s’accordèrent sur presque tout, sauf sur la présence du Christ dans le pain et le vin.

Sa défense de la Réforme eut aussi un côté sévère. Lorsque d’anciens disciples formèrent le mouvement anabaptiste et rejetèrent le baptême des enfants, le conseil de Zurich décréta la peine de mort pour quiconque rebaptiserait, et Zwingli ne s’y opposa pas : en 1527, Félix Manz fut noyé dans la Limmat, le premier martyr anabaptiste tué par des protestants.

Il s’impliqua aussi directement dans la politique de guerre entre cantons réformés et catholiques. En 1531, lors de la deuxième guerre de Kappel, il mourut au combat aux côtés des troupes de Zurich, à 47 ans, une fin rare pour un réformateur et le signe de combien il mêla foi et pouvoir politique en son temps.

Son héritage survécut à la défaite militaire. Son successeur, Henri Bullinger, consolida ce qu’il avait commencé, et la tradition réformée suisse, avec son insistance sur l’autorité de la Bible et la prédication expositive, se répandit en Europe puis, plus tard, dans le monde entier par les missions protestantes.

“La paix que certains nous imposent avec tant d'urgence n'est pas la paix, mais la guerre.”
Ulrich Zwingli · Lettre de 1529, écrite peu avant la première guerre de Kappel (citée dans Huldreich Zwingli, the Reformer of German Switzerland, de Samuel M. Jackson)
Chronologie
1484

Naissance à Wildhaus

Il naît le 1er janvier, dans la région du Toggenburg, fils d'une famille de paysans.

1506

Ordination sacerdotale

Il est ordonné prêtre à Constance et prend en charge la paroisse de Glaris.

1519

Début du ministère à Zurich

Il prend la chaire du Grossmünster et commence à prêcher l'Évangile de Matthieu verset par verset.

1522

L'épisode de la rupture du jeûne

Il est présent à un dîner de saucisses chez l'imprimeur Christoph Froschauer, pendant le Carême ; bien qu'il n'ait pas mangé de viande, il défend publiquement, dans un sermon, la liberté de ceux qui y ont participé, défiant la loi ecclésiastique du jeûne.

1523

Première Dispute de Zurich

Il défend soixante-sept articles devant le conseil de la ville ; Zurich rompt avec Rome.

1525

Réforme de la liturgie et fondation de la Prophezei

Il institue la Cène en langue vernaculaire et crée l'école de langues bibliques pour former des prédicateurs.

1527

Exécution de Félix Manz

L'ancien disciple anabaptiste est noyé dans la Limmat sur ordre du conseil de Zurich.

1529

Colloque de Marbourg

Débat avec Luther sur la Cène du Seigneur ; les réformateurs ne parviennent pas à un accord sur la présence du Christ dans le pain et le vin.

1531

Mort à Kappel

Il meurt au combat lors de la deuxième guerre de Kappel, à 47 ans.

Œuvres et jalons

Les Soixante-Sept Articles (Schlussreden)

1523

Document présenté lors de la première Dispute de Zurich, résumant la doctrine réformée et servant de base à la rupture officielle de la ville avec Rome.

Commentaire sur la vraie et la fausse religion

1525

Traité qui systématise pour la première fois la théologie réformée suisse, dédié au roi François Ier de France.

Fondation de la Prophezei

1525

École d'étude biblique dans les langues originales, rattachée au Grossmünster, formant une génération de prédicateurs réformés.

Nouvelle liturgie de la Cène en langue vernaculaire

1525

Remplace la messe en latin par un culte simple, en allemand, centré sur la prédication et le souvenir de la mort du Christ.

Bible de Zurich (Froschauer)

1531

Traduction complète des Écritures en allemand, réalisée par Zwingli et son équipe d'érudits, publiée par Christoph Froschauer.

Contributions
1

Fondement de la tradition réformée

Sa lecture rigoureuse de l'Écriture donna naissance à une branche distincte de la Réforme, différente du luthéranisme, qui allait plus tard nourrir le calvinisme et les Églises réformées à travers le monde.

2

Prédication expositive continue

En abandonnant le calendrier liturgique fixe et en prêchant livre par livre de la Bible, il établit un modèle de prédication systématique encore pratiqué dans de nombreuses Églises protestantes.

3

Formation théologique dans les langues originales

L'école qu'il fonda à Zurich forma des prédicateurs à l'étude de l'hébreu et du grec, un modèle qui façonna l'éducation théologique réformée.

4

Simplicité et centralité de la Parole dans le culte

Il réduisit les cérémonies, les images et la musique instrumentale, déplaçant le centre du culte vers la lecture et la prédication des Écritures.

Héritage missionnaire

La conviction que l'Écriture, et non la tradition, doit gouverner la foi et la pratique a nourri l'élan protestant de traduire et d'apporter la Bible à tous les peuples.

Le modèle de prédication expositive continue qu'il a initié à Zurich continue d'influencer les missionnaires et les pasteurs qui prêchent systématiquement livre par livre de la Bible.

La tradition réformée suisse qu'il a fondée, consolidée ensuite par Bullinger et Calvin, a donné naissance à des mouvements missionnaires qui ont traversé l'Europe et atteint d'autres continents.

L'école de langues bibliques qu'il a créée a anticipé l'importance que les sociétés bibliques et les missions modernes accorderaient à la traduction fidèle des Écritures.

Autres personnes