Presque tout le monde a déjà fait une promesse sous le coup de l’émotion qui, une fois tenue, a coûté bien plus que prévu. Il est facile de promettre quand le cœur est saisi par l’urgence ; c’est après, quand vient l’heure de payer, que l’on découvre le prix réel de la parole donnée.
Jephté a grandi en sachant ce que signifiait être rejeté. Fils de Galaad et d’une prostituée, il fut chassé de la maison par ses propres frères, qui ne voulaient pas partager l’héritage avec le « fils d’une autre femme » (Juges 11:1-2). Il s’enfuit au pays de Tob et y devint le chef d’une bande d’hommes sans foyer, un exclu qui survivait par la force et le courage.
Quand les Ammonites menacèrent Israël, ce furent justement les anciens de Galaad, les mêmes qui l’avaient un jour exclu, qui vinrent chercher Jephté pour commander l’armée (Juges 11:5-11). Avant de combattre, il tenta la voie diplomatique, plaidant devant le roi ammonite la possession historique du pays (Juges 11:12-27). La guerre, cependant, fut inévitable.
Au moment de marcher au combat, l’Esprit de l’Éternel vint sur lui, mais Jephté fit malgré tout un vœu : s’il l’emportait, il offrirait à l’Éternel la première personne qui sortirait de sa maison à sa rencontre (Juges 11:29-31). Ce fut sa fille unique qui sortit, dansant de joie pour la victoire de son père.
Le vœu précipité, fait par un homme qui voulait peut-être s’assurer la victoire à tout prix, se retourna contre sa propre famille. Sa fille accepta son sort avec une dignité impressionnante : elle demanda seulement deux mois pour pleurer sur les montagnes avec ses amies, et Jephté accomplit ce qu’il avait promis (Juges 11:34-39).
La vie de Jephté n’est pas un exemple à imiter en tout, c’est un avertissement. Elle montre que la foi et l’imprudence peuvent habiter la même personne, que l’Esprit de Dieu peut équiper quelqu’un pour une victoire sans que cette personne ait encore appris à faire confiance à Dieu sans chercher à négocier avec lui.
Malgré tout, Hébreux 11 se souvient de Jephté parmi les héros de la foi (Hébreux 11:32). Dieu ne fait pas l’éloge du vœu insensé, mais il utilise et compte parmi les siens même celui qui porte une histoire marquée par des décisions que le lecteur d’aujourd’hui reconnaît aussi dans ses propres promesses hâtives.