Il y a des noms que nous portons sans les avoir choisis, une étiquette collée par quelqu’un d’autre avant même que nous puissions en comprendre le sens, et que nous passons parfois toute notre vie à expliquer ou à dépasser. C’est ce qui arriva, de façon plus littérale et plus douloureuse encore, à une petite fille du royaume d’Israël, au VIIIe siècle av. J.-C.
Elle naquit dans la maison du prophète Osée et de Gomer, son épouse, un mariage qui constituait déjà en lui-même un message vivant sur l’infidélité d’Israël envers Dieu. Quand cette fille vint au monde, le Seigneur ordonna à son père de lui donner un nom peu commun : Lo-Ruchama, « non aimée », car il ne montrerait plus de compassion envers le peuple d’Israël, au point de lui pardonner (Osée 1:6).
La fillette grandit en entendant, à chaque appel de son propre nom, le verdict de Dieu sur tout un peuple. Son frère aîné, Jizréel, avait lui aussi reçu un nom de jugement (Osée 1:4) ; après elle vint Lo-Ammi, « pas mon peuple » (Osée 1:9). Trois enfants, trois sentences prophétiques, toute une famille transformée en sermon.
Mais l’histoire ne s’arrête pas au jugement. Dans le même livre, Dieu ordonne à Israël d’appeler ses frères Ammi, « mon peuple », et ses sœurs Ruchama, « aimée » (Osée 2:1), et il promet de traiter avec amour « celle que j’avais appelée Non-Aimée », disant à « Pas-Mon-Peuple » : « Tu es mon peuple » (Osée 2:23). Le nom qui marquait le rejet devient, par grâce, l’annonce de la restauration.
Lo-Ruchama n’a jamais prononcé une seule parole rapportée dans la Bible. Elle n’a choisi ni son propre nom ni le poids qu’il portait ; elle fut seulement une enfant utilisée comme signe devant une nation qui avait besoin d’entendre la vérité sur elle-même.
C’est justement là que son histoire rejoint le lecteur d’aujourd’hui. Beaucoup de gens portent des étiquettes qu’ils n’ont pas choisies, de famille, d’échec, de rejet, comme si c’était le dernier mot sur qui ils sont. Lo-Ruchama montre que Dieu se réserve le mot de la fin, et qu’il ne blesse pas. Paul a cité cette même promesse pour expliquer comment des peuples qui n’avaient jamais été « de Dieu » ont été appelés ses enfants (Romains 9:25).