1805–1879

Abolitionniste · Éditeur

W. Lloyd Garrison

Résumé
Journaliste et abolitionniste américain, éditeur du journal The Liberator pendant 35 ans. Il radicalisa le discours chrétien de l'égalité devant Dieu pour exiger, sans compromis, la libération immédiate des esclaves aux États-Unis.
Portrait
Biographie

Fils d’une mère baptiste pieuse et d’un père qui abandonna la famille alors qu’il était encore enfant, William Lloyd Garrison grandit pauvre à Newburyport, dans le Massachusetts. De la foi de sa mère, il hérita la conviction que l’Évangile exige une justice concrète, et non seulement une dévotion privée.

En 1829, à 23 ans, il prononça pour la première fois un discours contre l’esclavage à la Park Street Church, à Boston, qualifiant celui-ci de « péché national ». Peu après, une dénonciation publiée contre un négociant impliqué dans le transport d’esclaves lui valut sept semaines de prison à Baltimore, pour diffamation.

En 1831, il fonda à Boston le journal The Liberator. Il y rompit avec l’idée alors répandue d’une émancipation graduelle : il exigeait la liberté immédiate et sans indemnisation pour les maîtres, appuyé sur la conviction que tout être humain a une valeur égale devant Dieu. En tête du journal figurait la devise « Notre pays, c’est le monde, nos concitoyens sont l’humanité tout entière ».

Il contribua à fonder la New England Anti-Slavery Society, en 1832, puis l’American Anti-Slavery Society, en 1833, rédigeant la Déclaration de sentiments de cette dernière. Cette franchise avait un prix élevé : en 1835, une foule le traîna dans les rues de Boston avec une corde autour du corps, manquant de le lyncher.

Le radicalisme de Garrison divisa aussi ses alliés. Il insista pour inclure les femmes dans la direction du mouvement, rompit avec Frederick Douglass sur la question de savoir si la Constitution des États-Unis était favorable ou hostile à l’esclavage et, en 1854, brûla ce document en public : un geste que beaucoup, dans le mouvement abolitionniste comme en dehors, jugèrent excessif.

Il s’éloigna aussi de la vie des Églises organisées, qu’il jugeait silencieuses face à l’esclavage, et adopta des idées de « perfectionnisme chrétien » qui dérangèrent jusqu’à ses propres compagnons de lutte. Il ne renonça pourtant jamais au langage biblique ni à la conviction que la foi exige la dénonciation publique de l’injustice.

Il publia le dernier numéro de The Liberator en décembre 1865, quelques mois après l’adoption du 13e amendement, qui abolit l’esclavage aux États-Unis. Il mourut en 1879, à New York, ayant transformé la certitude que tous sont égaux devant Dieu en un journal, un mouvement et une réforme nationale.

“Je suis sérieux : je ne tergiverserai pas, je ne m'excuserai pas, je ne reculerai pas d'un seul pas, et je serai entendu.”
W. Lloyd Garrison · Éditorial « To the Public », premier numéro du journal The Liberator, 1er janvier 1831
Chronologie
1805

Naissance à Newburyport

Il naît le 10 décembre, fils d'une mère baptiste pieuse et d'un père marin qui abandonne la famille alors qu'il est encore enfant.

1829

Premier discours antiesclavagiste

À la Park Street Church, à Boston, il qualifie l'esclavage de « péché national » devant la nation.

1830

Emprisonnement à Baltimore

Il passe sept semaines en prison pour diffamation, après avoir dénoncé dans un journal un négociant impliqué dans le transport d'esclaves.

1831

Fonde le journal The Liberator

À Boston, dans le premier numéro, il déclare qu'il ne reculera pas d'un seul pas et qu'il sera entendu.

1833

Fonde l'American Anti-Slavery Society

Il rédige la Déclaration de sentiments de la société, adoptée à Philadelphie, exigeant l'émancipation immédiate.

1835

Manque d'être lynché à Boston

Une foule le traîne dans les rues avec une corde, en signe de protestation contre sa prédication abolitionniste.

1854

Brûle la Constitution des États-Unis

Lors d'une protestation publique à Framingham, il qualifie le document de « pacte avec la mort », pour avoir toléré l'esclavage.

1865

Dernier numéro de The Liberator

Il met fin au journal après 35 ans, quelques mois après l'adoption du 13e amendement, qui abolit l'esclavage aux États-Unis.

1879

Mort à New York

Il meurt le 24 mai, chez sa fille, mettant fin à près de cinq décennies de militantisme abolitionniste.

Œuvres et jalons

Fondation du journal The Liberator

1831

Journal abolitionniste fondé à Boston, publié sans interruption pendant 35 ans et voix la plus influente en faveur de l'émancipation immédiate aux États-Unis.

Thoughts on African Colonization

1832

Brochure réfutant le projet d'envoyer les Noirs affranchis en Afrique, rassemblant les protestations de dirigeants noirs contre la colonisation.

Fondation de la New England Anti-Slavery Society

1832

Première société abolitionniste organisée par Garrison en Nouvelle-Angleterre, base de la mobilisation régionale contre l'esclavage.

Déclaration de sentiments de l'American Anti-Slavery Society

1833

Document fondateur rédigé par Garrison, adopté à Philadelphie, qui posa les bases nationales du mouvement abolitionniste.

Incendie public de la Constitution des États-Unis

1854

Geste de protestation à Framingham contre ce qu'il considérait comme la complicité légale du pays avec l'esclavage.

Dernier numéro de The Liberator

1865

Fin du journal, quelques mois après l'adoption du 13e amendement, qui abolit l'esclavage aux États-Unis.

Contributions
1

L'émancipation immédiate comme étendard

Il popularisa l'exigence d'une libération immédiate et sans indemnisation pour les maîtres, rompant avec le gradualisme alors dominant chez les réformateurs antiesclavagistes.

2

Défense de la liberté de la presse

Son emprisonnement pour diffamation en 1830 alimenta un débat durable sur les limites de la censure de la presse aux États-Unis.

3

Une tribune pour les voix noires et féminines

Il ouvrit The Liberator à des auteurs noirs, comme Frederick Douglass, et insista pour une pleine participation des femmes à la direction du mouvement.

4

Pression morale sur les institutions

Il fit de la dénonciation publique, plus que de la négociation politique, un outil de réforme qui influencerait les mouvements sociaux ultérieurs.

Héritage missionnaire

Sa lecture de l'égalité humaine devant Dieu continue d'inspirer le combat chrétien contre la traite des personnes et les formes modernes d'esclavage.

Il a montré que la conviction biblique selon laquelle tout être humain a une valeur égale exige une action publique, et non seulement une dévotion privée, principe qui traverse aujourd'hui le travail missionnaire en faveur de la justice.

Son modèle de presse engagée a contribué à consolider la tradition chrétienne d'utiliser la communication et les médias pour dénoncer les injustices et mobiliser l'Église.

Le partenariat qu'il rechercha avec des dirigeants noirs et des femmes anticipe la valeur aujourd'hui accordée, dans les missions mondiales, au leadership partagé entre peuples et genres.

Autres personnes